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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Giovanni Pastrone
Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914)

Si Quo Vadis a précédé Cabiria, ce n’est que dans le temps, tant ce film est d’une force phénoménale et surtout le premier vrai film à grand spectacle. Pensez donc, nous avons droit à une éruption volcanique, un combat naval avec la chine infernale d’Archimède (Enrico Gemelli), des sacrifices humains à Moloch et deux sièges de villes ! Et en plus, nous assistons à la naissance d’un héros mythique qui perdurera jusqu’en 1974, soit soixante ans après sa création : Maciste (Bartolomeo Pagano).

Mais Cabiria, c’est aussi la fin de la deuxième guerre punique qui voit à nouveau s’affronter Rome et Carthage, avec même le passage des Alpes par les éléphants (1) d’Hannibal (Emile Vardannes), ainsi que la victoire de Scipion l’Africain (Luigi Chellini) sur Syphax (Alex Bernard), grâce à Massinissa (Vitale di Stefano), et bien sûr la mort de Sophonisba (Italia Almirante-Mazzini).

 

Mais Cabiria (Carolina Cattena), c’est avant tout la fille de Batto, un riche Romain qui vit aux pieds de l’Etna. Quand ce dernier entre en éruption, Cabiria est emmenée par sa nourrice Croessa (Gina Marangoni) pour la protéger, avant d’être capturée par des pirates phéniciens puis vendue aux grand-prêtre de Carthage, Karthalo (Dante Testa), qui veut la sacrifier à Moloch. Elle sera sauvée par Fulvius Axilla (Umberto Mozzato) et surtout son esclave Maciste, avant d’être confiée à Sophonisba au service de qui elle restera une dizaine d’années. Cette dizaine d’année nous amènera à la fin de la guerre punique susmentionnée.

 

Il n’est pas étonnant que D.W. Griffith ait voulu entreprendre sa première épopée – Naissance d’une Nation (1915) – après avoir vu le film de Giovanni Pastrone. En effet, il souffle un vent épique rarement exprimé auparavant, soutenu par une maîtrise technique remarquable, avec en prime des intertitres de l’écrivain Gabriele D’Annunzio (excusez du peu). Mais s’il fut le déclencheur de Naissance d’une Nation, Cabiria fut surtout l’inspiration du formidable Intolerance l’année suivante, surtout les différentes séquences concernant le siège et la chute de Babylone.

On y trouve déjà une démesure et un raffinement inconnu jusqu’alors. Les décors sont grandioses et superbes – le temple de Moloch est devenu lui aussi mythique -, et les costumes chatoyants (2), recréant la période de la république romaine sinon réaliste, tout du moins vraisemblable : nous sommes au cinéma et la vérité historique n’est pas obligatoire !

 

Et chose étonnante, si Cabiria donne son nom au film, elle n’est pas très souvent présente sur l’écran : c’est avant tout Maciste qu’on peut voir le plus. Bien sûr, Bartolomeo Pagano est entièrement grimé : il n’est pas noir alors que son personnage l’est, mais c’était une constante dans le cinéma italien (et d’ailleurs, au passage) de maquiller complètement les acteurs blancs en noir pour leur faire interpréter des personnages de couleur. C’est aussi le cas ici de Vitale di Stefano ou Croessa.

 

Et ce qui fait la force de Cabiria, ce sont les grands moments épiques et spectaculaires : dans la première demi-heure, nous avons déjà eu l’éruption de l’Etna avec les gens qui fuient au premier plan, et la destruction de la villa de Batto ainsi que les sacrifices à Moloch où l’éclairage prend une place très importante, surtout lors de l’invocation par le grand prêtre.

Et tout cet aspect spectaculaire et exaltant est renforcé par les caméras de Segundo de Chomón, Giovanni Tomatis, Augusto Battagliotti et Natale Chiusano. Ce sont surimpressions, gros plans (la main du grand prêtre sur fond noir), et autres travellings qui s’enchaînent pour donner à ce film le statut de fresque épique.

 

Malheureusement, si Cabiria est un sommet du cinéma italien, il en est surtout son chant du cygne : avec la guerre qui arrive, la production va péricliter pour se retrouver loin derrière celle des Etats-Unis, grands vainqueurs cinématographiques de cette guerre. Il faudra attendre une deuxième guerre mondiale pour que le cinéma italien renaisse et retrouve – partiellement – le niveau d’excellence qui fut le sien.

 

  1. Enfin juste un, et d’Asie.
  2. Je sais, le film est en noir et blanc, mais il est évident que les costumes n’étaient pas ternes !
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