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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Jacques Becker
Casque d'Or (Jacques Becker, 1952)

Amélie Elie était une prostituée du Paris de la Belle Epoque, tiraillée entre deux hommes : Joseph Pleigneur dit « Manda » et Eugène François Leca. Ces deux hommes vont se disputer la jeune femme jusqu’à ce que Manda et Leca soient arrêtés et envoyés en prison. Jugés et condamnés, ils sont envoyés au bagne de Cayenne, où seul Manda fera sa peine complètement (Leca s’est évadé et ne sera jamais retrouvé. De son côté, Amélie se range et épouse un bonnetier et vit en bourgeoise jusqu’à sa mort en 1933.

Ca, c’est (à peu près) la vraie histoire de Casque d’Or.

Ici, elle s’appelle Marie, et elle est interprétée avec beaucoup de brio par nulle autre que Simone Signoret qui la fera entrer dans la légende. Ou plutôt qui les fera rentrer dans la légende : Amélie pour une histoire romancée et romanesque, Simone pour le plus grand rôle de sa carrière.

Ici, Georges « Jo » Manda (Serge Reggiani) est un ancien repris de justice qui s’est rangé et donne dans l’honnête. Fortuitement, il rencontre un vieux compagnon de correction, Raymond « Le Boulanger » (Raymond Bussières) qui le présente à ses collègues, des Apaches comme lui, tous membres de la bande à Félix Leca (Claude Dauphin). Il fait en même temps la connaissance de marie dont il tombe amoureux. Mais tous les hommes sont amoureux de Marie, alors ce nouveau venu va chambouler la situation et amener la mort, inévitable.

 

Comme le fera dire dix ans plus tard John Ford dans The Man who shot Liberty Valance, si la Légende dépasse la réalité, on imprime la légende. Et cette légende de Casque d’Or est aussi enluminée et brillante que les cheveux blonds qui donnent à Marie/Amélie son surnom. Manda devient le héros de cette histoire d’amour tragique (1) et Leca le salaud dans tous les sens du terme : quel retournement alors que ce fut plutôt le contraire !

Mais peu importe la vérité, nous sommes au cinéma, et tout est permis, même de faire d’un tueur un héros, et d’une prostituée une femme vertueuse et fidèle en amour (2). Il faut dire que l’interprétation de Simone Signoret – qui avait été révélée avec Dédée d’Anvers trois ans plus tôt, est formidable. Elle est une femme pour qui on a envie de se battre, de risquer sa vie, rien que pour pouvoir la regarder dans les yeux. Et ici, les deux hommes (2) ne se contentent pas du sourire, surtout Leca.

Et c’est bien connu : en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Alors Leca ne se gêne pas, devenant progressivement une véritable raclure.

 

Mais le centre de l’intérêt de ces deux hommes est le même que celui du spectateur : Marie. Elle n’est jamais appelée Casque d’Or par ses fréquentations, mais c’est normal : Jacques Becker donne à cette chevelure, dès que l’éclairage (3) le permet, une flamboyance et une brillance extraordinaire, traduisant d’une autre manière la passion qui illumine cette jeune femme. Même au moment le plus tragique, ces cheveux brillent de tout leur éclat, alors que l’éclairage est au minimum. Magique.

Et comme toujours, pour que des acteurs et actrices soient grands, il faut une distribution secondaire à la hauteur de l’enjeu. Et c’est le cas ici : outre Bussières toujours égal à lui-même, on retrouve la encore jeune Dominique «  Madame Mado, j’présume » Davray dans un  rôle de prostituée (étonnant, non ?), et toute une collection de gueules plus ou moins pittoresques, que ce soit du côté de la truande comme chez messieurs les argousins.

 

Bref, nous sommes à la fête et Becker signe ici un véritable chef-d’œuvre, recréant ce Paris de la Belle Epoque (5), avec ce far-west évoqué par les journaux aux apaches rudes et gouailleurs, où va se mêler la bonne bourgeoisie le soir, histoire de s’encanailler.

Ce film est tout à fait dans la lignée de ce qui se faisait avant la guerre, ces histoires réalistes (mais romancé »es tout de même) où la fatalité et le pessimisme l’emporte, et ce malgré tous les ingrédients d’une belle histoire d’amour.

Un film à voir et revoir, pour Simone Signoret d’abord, mais aussi pour (re)découvrir ce qu’était le cinéma français de qualité avant le bouleversement que va apporter la nouvelle vague, que d’aucuns qualifieront de vaguelette (6).

 

  1. Normal, c’est du cinéma français.
  2. Loin de moi de critiquer les « filles de joie » chères à Brassens, qui savent aussi bien aimer que les autres, même si leur métier les contraint à « vingt fois par jour ».
  3. En fait trois, avec Roland « Belle Gueule » Dupuis (William Sabatier), son premier régulier dans le film.
  4. Naturel selon l’intrigue, et donc artificiel, soutenu par la superbe photographie de Robert Lefebvre.
  5. Une mention pour Maurice Barnathan et son équipe pour cette recréation.
  6. N’est-ce pas, professeur Allen John ?
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