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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edouard Molinaro, #Francis Veber
Cause toujours... tu m'intéresses ! (Edouard Molinaro, 1979)

François Perrin (Jean-Pierre Marielle sans la moustache !) est journaliste.

François Perrin intervient six fois par jour à RTL.

Mais François Perrin s’ennuie.

François Perrin est seul.

Alors François Perrin triture des sacs plastiques, près de son téléphone.

Un soir, il n’en peut plus : il faut qu’il parle à quelqu’un.

Alors il compose un numéro au hasard. Et il tombe sur Christine Clément (Annie Girardot), une femme plus toute jeune mais encore avenante.

Ils ont alors une liaison.

Téléphonique.

 

Si c’est François Perrin, c’est que Francis Veber n’est pas loin. En effet, c’est le troisième des films qu’il scénarise pour Edouard Molinaro. Mais ici, François Perrin n’est pas un personnage comique ou gaffeur. Non, c’est un type qui, même s’il est écouté par des millions de personnes tous les jours à la radio, n’en reste pas moins un homme ordinaire, ni plus intelligent, ni plus beau qu’un autre. Vraiment ordinaire.

 

A la fin des années 1970s, le téléphone s’installe de plus en plus dans les maisons. A Paris d’abord, mais aussi en province*. Et bien sûr, la tentation de composer un numéro au hasard était grande, pour trois raisons :

1. Pour faire une farce : on fait un numéro au hasard et on se fait passe pour quelqu’un d’autre, ou on commande une pièce montée à quelqu’un qu’on n’aime pas ou autre chose (ça sent le vécu, n'est-ce pas ?)…

2. Pour embêter quelqu’un : on l’appelle très tard le soir pour le réveiller ou tout autre genre de bêtise (sans parler des pervers lubriques).

3. La raison qui nous intéresse ici : parler avec quelqu’un.

 

François Perrin a besoin de parler. Déjà, en 1978 (quand fut tourné le film) la progressive installation du téléphone dans les foyers, permettant de relier tout le monde, n’empêchait pas la solitude. Et quarante ans après, rien n’a changé, voire ça a empiré. Car au bout du compte, même si on peut téléphoner à n’importe qui à n’importe quel endroit du monde, on reste seul au bout du fil.

 

En plus de la solitude pesante qui concerne les différents protagonistes du film (pas seulement François et Christine), se pose le problème de l’âge. François et Christine vieillissent, ils approchent la cinquantaine et restent seuls. Par choix des fois, mais ici, malheureusement pas. Et c’est cette solitude qui amène l’ennui chez François et lui donne ce besoin quasiment vital de parler à quelqu’un. Et pour cela, à cette époque, téléphoner au hasard ne posait pas de souci : les appels restant anonymes.

 

Mais malgré ces deux thèmes bien tristes, Molinaro (et Veber) réussissent à nous soutirer quelques sourires voire plus. Il faut dire aussi que les interprètes (Annie Girardot et Jean-Pierre Marielle) sont attachants. Attachants pour leur côté ordinaire, mais surtout pour leur simplicité. Cette simplicité passe avant tout par un jeu sobre (on connaît le côté grandiose de Marielle !). Annie Girardot est entourée de gens seuls : sa fille (Brigitte Roüan) qui s’est séparée de son mari ; Daniel (Jacques François), avec qui elle travaille et qui est homosexuel. Mais du côté de François, ce n’est guère mieux.

Bref, d’une certaine façon, ils étaient faits pour se rencontrer.

 

Mais si la vie était aussi simple, ça se saurait. Et n’oubliez pas que le scénario est de Veber, alors…

Quoi qu’il en soit, c’est une comédie douce-amère (« comme ils disent… ») qui se laisse revoir avec toujours beaucoup de plaisir. On y retrouve quelques grandes gloires du cinéma, mais aussi certains jeunes acteurs qui ont bien grandi (Michel Blanc** et Dominique Lavanant**) qui apportent une touche comique dans une histoire qui aurait pu tourner au tragique.

 

Mais malgré l’évolution des moyens de communications, ce film n’en reste pas moins actuel. Car même vous, qui me faites le plaisir de lire ces quelques lignes, ou moi qui les écris, sommes tout de même bien seuls devant notre écran.

J’espère qu’une fois l’écran éteint, vous ne l’êtes plus. Seuls.

 

 

* Il est étrange pour les enfants d’aujourd’hui de se dire que leurs grands-parents, voire leurs parents n’avaient pas le téléphone quand ils étaient petits.

 

**simples figurants ici (il faut bien vivre), ils viennent d’être « découverts » par le grand public quelques mois plus tôt dans Les Bronzés.

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