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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Alfonso Cuarón
Les Fils de l'homme (Children of Men - Alfonso Cuarón, 2006)

Décidément, le XXIème siècle est favorable au cinéma anglais – même si Alfonso Cuarón ne l’est pas – l’intrigue se situe dans le sud-est de l’Angleterre, entre Londres et la côté, objectif final de ce film dystopique étonnant. Et puis on a le plaisir de retrouver Michael Caine dans un rôle ma foi bien sympathique…

 

Nous sommes en 2027, soit une vingtaine d’années après la sortie du film, et le futur qui est proposé est chaotique mais d’une manière fort différente des représentations habituelles : l’humanité est devenue stérile et alors que de nos jours on suit avec beaucoup d’attention le/la doyen/ne de l’humanité, ici c’est le plus jeune qui est le centre de l’attention terrestre.

Et quand le film commence, on apprend que le dernier-né (18 ans et quelques) a été tué, amenant une immense vague d’émotion auprès des autres.

Mais rapidement, on entre dans la véritable intrigue du film avec Thelonious « Theo » Faron (Clive Owen) qui est impliqué contre son gré dans une aventure extraordinaire et on ne peut plus symbolique : escorter Kee (Claire-Hope Ashitey), une jeune femme enceinte de huit mois.

Le problème, c’est qu’elle n’est pas anglaise alors que la société britannique a mis en place un système anti-immigration fort sévère.

 

Ce qui frappe le spectateur actuel, c’est l’actualité de cette histoire où le thème central – outre la fertilité – est l’immigration. On y trouve des références qui sont malheureusement fort actuelles : les contrôles d’identité, les arrestations et les regroupements dans des camps, quand ce n’est pas derrière des grilles au vu et au su de tout le monde.

Or c’est justement de cette immigration que va venir l’espoir, et qui plus est d’une jeune femme d’origine africaine. Et là encore, ce n’est pas un hasard : rappelez-vous que le berceau de l’humanité se situe en Afrique, n’en déplaise aux racistes de tous poils.

 

Et le tour de force d’Alfonso Cuarón, c’est de réussir là où on ne l’attend pas : créer une émotion incroyable dans une situation des plus violentes qui soit.

Alors que le camp (de concentration ?) de migrants de Bexhill est pris d’assaut par un groupuscule armé, amenant des scènes de guerre civile très véhémente, la jeune Kee, secourue par Theo, réussit à s’exfiltrer du champ de bataille : c’est d’abord un rebelle armé qui baisse son arme en voyant le bébé, puis ce sont ses compagnons, et alors qu’ils sortent sains et saufs de l’immeuble où ils étaient, ce sont les soldats de l’armée régulière qui s’arrêtent, subjugués par ce petit bout d’homme (1), amenant un moment de grâce d’une rare intensité, surtout dans de telles conditions.

 

Alfonso Cuarón, comme d’autres avant et après lui ne néglige à aucun moment la dimension humaine de son intrigue. Nul héros véritable, nul personnage extraordinaire si ce n’est Kee et à travers elle sa fille (2). Et ce n’est pas parce qu’elle a des pouvoirs spéciaux ou accompli des actes glorieux qu’elle l’est : elle ne fait que ce que seule une femme peut faire, donner la vie.

Et cette fille qui naît, c’est l’espoir inespéré : alors que l’extinction est programmée faute de fertilité, cette toute petite fille réussit à faire taire les armes, apportant un fragile instant de paix que les hommes, bien sûr, ne peuvent que détruire, relançant le combat qui est alors encore plus inutile que d’habitude (3).

En effet, l’enjeu militaire ne peut que s’effacer devant l’enjeu humain, mais les hommes sont ce qu’ils sont : c’est toujours celui qui a le plus gros pistolet qui gagne, si vous voyez ce que je veux dire…

 

Et puis il y a Theo. En grec, « theos » veut dire « dieu ». Mais Théo n’est pas le Dieu tout puissant, et c’est – pour une fois – dans la traduction française qu’on peut trouver un indice. Alors que le titre original s’intitule (Les) Enfants des Hommes, la référence en français aux « Fils de l’homme » est des plus pertinentes. En effet, celui qui se fait appeler ainsi dans l’Evangile n’est autre que Jésus : « Fils de l’Homme » pour avoir  été enfanté par une femme tout ce qu’il y avait d’humaine. Mais Jésus est aussi un passeur d’âmes tout comme Theo aide Kee à traverser les différents obstacles pour accomplir son destin. Theo aussi annonce une nouvelle vie pour l’humanité et sa mort est on ne peut plus christique puisqu’elle se fait prémices d’une aube nouvelle, sauvant par son sacrifice cette même humanité qui court à sa perte, faute d’avoir de nouveaux enfants.

 

Superbe.

 

 

PS : petit clin d’œil : la présence d’un cochon volant auprès des tours de la Battersea Power Station, London SW11.

  1. Qui est une fille, et donc Aragon avait raison : « la femme est l’avenir de l’homme » !
  2. Ne comptez pas sur moi pour vous donner son nom…
  3. Une guerre est par essence inutile, même avec de beaux idéaux : il n’y a pas plus bel idéal que la liberté, indissociable de la paix.
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