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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Donald Siegel, #Clint Eastwood, #Western
Un Shérif à New York (Coogan's Bluff - Donald Siegel, 1968)

Ca commence en Arizona, dans le désert, où un homme de type indien – Running Bear (Rudy Diaz) – attend.

Il est en embuscade et a projeté de tuer l’homme qui est à sa recherche : le shérif Coogan (Clint Eastwood).

Ce dernier arrive, non pas à cheval mais dans une jeep, drainant à sa suite un panache de poussière.

La confrontation est inévitable et tourne en faveur du policier.

Puis on entre dans le vif du sujet : Coogan est chargé d’escorter Jim Ringerman (Don Stroud) de New York à l’Arizona pour une affaire le concernant.

 

Don Siegel, Clint Eastwood, Lalo Schifrin, et même Albert Popwell : Coogan’s Bluff ressemble à une répétition générale pour Dirty Harry qui sortira trois ans plus tard.

Mais il ne faut pas s’y tromper, ici c’est plus un western auquel nous assistons plus qu’un film policier. Certes, c’est une intrigue policière qui nous est proposée, mais elle est sur beaucoup de points plus proche du western.

 

La séquence d’introduction tout d’abord, dans le majestueux désert de l’Arizona (1). Cet homme, vraisemblablement un Indien (2), se tient à l’affut, attendant un autre – le shérif – qui va arriver sur son cheval, comme dans tout bon western.

Mais c’est au moment où Coogan paraît que nous réalisons que nous sommes bel et bien dans les années 1960 : il est motorisé !

Il y a l’allure de Coogan ensuite, affublé d’un chapeau caractéristique et une étoile de shérif accrochée à la poitrine. De plus nous apprenons qu’il a mis trois jours pour arrêter son homme : on pense alors à la traque d’Ethan Edwards dans La Prisonnière du désert ; traque qui ne s’achèvera qu’une fois le but atteint. Ici c’est la même chose, la durée étant moindre. Cela n’empêche pas la jeune femme que retrouve Coogan de l’obliger à prendre un bain…

Bref, Coogan est un véritable cowboy de l’Arizona, aux manières pas toujours bien orthodoxe. Surtout quand il débarque à New York !

Là-bas, chacun le prend pour un Texan, l’imagerie populaire (et les films avec John Wayne ?) peuplant le Texas presque exclusivement de cowboys.

Et en prime, on a droit à une belle bagarre dans une salle billard qui tient lieu de saloon.

La musique enfin, qui a plus des sonorités rappelant plus l’Ouest sauvage que le psychédélisme où baignait la jeunesse américaine à cette époque, puisque le film est tourné à l’automne 1967 (voir plus bas).

 

Bien entendu, le succès du film tient à la différence entre Coogan et cette mégalopole qu’est New York. Pourtant, le titre original n’y fait pas référence : Coogan’s Bluff (le Bluff de Coogan).

Ce titre est la raison d’être du film. En effet, McElroy (Lee J. Cobb) le policier new-yorkais qui accueil notre cowboy dans son commissariat lui donne toutes les recommandations pour récupérer son prisonnier.

Mais Coogan s’assoit sur le règlement comme le fera son cousin Harry Callaghan (3) quelques années plus tard.

En la jouant au bluff, Coogan entraîne l’évasion de son prisonnier et la poursuite dans New York. On a au passage une belle poursuite à moto (les chevaux, c’était 100 ans plus tôt !) dans le Fort Tryon Park dont on peut en outre admirer le Musée du Cloître (The Cloisters). Les immenses descentes que Callaghan dévalera à San Francisco sont ici les escaliers du parc.

 

De plus, le film s’inscrit pleinement dans son époque, avec tout de même un bémol : entre le tournage et la sortie s’est écoulée à peu près une année. Et pas n’importe laquelle : 1968 qui a tout de même beaucoup fait évoluer les mentalités, surtout dans la jeunesse.

Siegel décrit cette jeunesse pendant le temps d’une séquence (4), dans ce qui ressemble au croisement d’une discothèque et d’un ancien théâtre. La salle bondée de jeunes gens qui dansent est remplie de tout ce qui faisait l’esprit psychédélique de l’époque : musique et images un tantinet agressives, avec beaucoup de filles dénudées, pendant que les danseurs ressentaient les effets de la drogue (LSD, joints…).

Il y a dans cette séquence une vision très paradoxale de cette jeunesse : les images et la musique sont donc agressives mais on trouve pourtant à chaque coin de mur ou sur certains corps le mot Love.

Je serais tenté de rapprocher cette séquence avec celle qui conclut Ne nous fâchons pas, où des danseurs évoluent aux sons de la musique de Graeme Allwright (92 ans le 7 novembre prochain !). Ici aussi, on sent une légère ironie dans l’étalage de ces corps dégingandés évoluant aux rythmes d’une chanson portant le même nom que le lieu où se déroule l’action : Pigeon-Toed & Orange Peel (5). Encore une fois : Lalo Schiffrin est vraiment un grand compositeur !

Mais entretemps 1968 est passé et la séquence perd de sa force, le propos qui semblait amusant un an plus tôt ne l’est plus tellement.

 

Mais qu’importe, et malgré ses manières un tantinet campagnardes, Coogan évolue tout le long du film, et celui qui repart vers l’Arizona est un tout petit peu différent de celui qui était arrivé plus tôt.

Tout ça entre deux cigarettes : une au début et l’autre à la fin.

Et bien entendu, à cette époque, on ne disait pas que « Fumer tue », même si c’était déjà beaucoup le cas, hélas.

 

 

  1. Hum. C’est le Mojave Desert, situé… en Californie !
  2. Certains détails accréditent cette hypothèse : la tenue de l’homme qui a troqué ses vêtements « blanc » pour une tenue plus traditionnelle ; la peinture qu’il a appliqué sur son corps ; et surtout la botte estampillée « Navajo Reservation ».
  3. Le lien de parenté est plus qu’évident, même si les deux personnages ont de personnalités plutôt différentes. Leur véritable point commun : l’efficacité.
  4. Qui se terminera avec Albert Popwell.
  5. Tout un programme.
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