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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Jacques Feyder
Crainquebille (Jacques Feyder, 1922)

Alors que la nuit se termine, les chariots de marchandises entrent dans Paris pour déverser leur(s) contenu(s) aux Halles (une cinquantaine d’années avant leur destruction) : les bourgeois dorment du sommeil du juste, les fêtards rentrent chez eux, la police effectue une descente et ramasse les autres noctambules (prostituées, truands…).

La journée peut alors commencer et les camelots ambulants qui se sont ravitaillés font le tour des quartiers pour proposer leur marchandise. C’est le cas de Jérôme Crainquebille (Maurice de Féraudy), vendeur de légumes : il arpente son secteur, choyé par ses habitués. Un jour, un gendarme zélé (Félix Oudart) lui fait prononcer l’insulte suprême (pour un gendarme) : « Mort aux vaches ! »

Malgré les protestations de Crainquebille et les protestations des témoins, Crainquebille est arrêté, emprisonné, jugé, condamné et à nouveau emprisonné. Quand il sort de prison, plus personne ne veut de sa marchandise : il a fait de la prison.

 

Voilà un peu plus de trente ans que j’ai eu le privilège – accompagné par mon ami le professeur Allen John – d’assister à une présentation du film dans une salle de cinéma, avec accompagnement (live) au piano par le pianiste de la Cinémathèque française (rien que ça !). Et ces années passées n’ont pas émoustillée le plaisir que procure la vision de ce film : Feyder allier maîtrise technique, comédie et tragédie ainsi qu’une direction irréprochable. Un chef-d’œuvre !

Ca commence comme un documentaire, mais déjà perce une certaine ironie avec le docteur Mathieu (Charles Mosnier), le bourgeois qui dort sauf quand les roues ferrées passent trop près de chez lui ; ou quand l’avocat Lemerle (René Worms) rentre chez lui en « galantes compagnies ». Puis ce sont des plans généraux des halles, comme on en retrouvera à chaque fois que ce lieu sera le théâtre d’autres films (Voici le Temps des assassins, Un Idiot à Paris…).

Mais bien sûr, c’est quand Crainquebille arrive que nous passons pleinement dans ce que nous appelons le cinéma : moustaches tombantes de type gaulois, charrette à bras et couvre-chef, c’est un pauvre bougre qui nous est présenté là. Un type insignifiant aux yeux des bourgeois susnommés. Sauf pour ce même docteur Mathieu qui témoignera à son procès en sa faveur.

 

Le procès d’ailleurs est le moment charnière du film : outre son déroulement qui se rapproche plus de la comédie qu’autre chose, il est le véritablement basculement de l’intrigue dans la tragédie. Jusque là, le spectateur garde le sourire aux lèvres et le rendu du procès, d’une haute maîtrise technique, amène immanquablement le rire. Mais c’est pour mieux dénoncer l’injustice qui va frapper Crainquebille et le faire descendre progressivement les différents échelons sociaux jusqu’à tomber dans la cloche : tout ça parce qu’un gendarme est un incompétent notoire, voire un provocateur patenté (1).

 

Derrière l’aspect comique du déroulement de l’audience, c’est un système qui va broyer un individu qui est ici dénoncé (par Anatole France tout d’abord et Feyder ici).

Et Maurice de Féraudy est un Crainquebille formidable voire inoubliable tant son jeu s’accorde parfaitement avec les exigences du réalisateur. Lui aussi fait partie de cette satire sociale illustrée par le film où les différents personnages ont tous des détails personnels qui relèvent plus de la caricature que de la réalité : normal, nous sommes au cinéma.

On pourrait même voir dans ces différents protagonistes pittoresques (masculins & féminins) les ébauches des personnages de l’immense Albert Dubout qui va commencer à publier l’année suivante.

 

Bref, une pépite du cinéma muet français, qui se découvre et se déguste sans modération, d’une très grande rigueur cinématographique : normal, la comédie, c’est une chose sérieuse !

 

  1. A bas les manœuvres policières !
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