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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Georg-Wilhelm Pabst, #Louise Brooks
Le Journal d'une fille perdue (Das Tagebuch einer Verlorenen - Georg-Wilhelm Pabst, 1929)

Aujourd’hui, c’est jour de fête : c’est la Confirmation de Thymian (Louise Brooks, toujours merveilleuse).

Sa tante Frida (Vera Pawlowa) lui offre un journal intime (celui du titre).

Thymian est la fille de Karl Friedrich - et non Robert comme on le lit partout, le faire part de décès faisant foi - Henning (Joseph Rovensky), pharmacien.

Pharmacien et veuf, ce qui explique sa propension à courtiser les femmes de ménages.

A l’officine, il est secondé par Meinert (Fritz Rasp, toujours à l’aise dans ce genre de rôle), un grand échalas aux tendances concupiscentes : dans un tiroir, il conserve des clichés de femmes nues qu’il compulse entre deux clients…

Bref, ce n’est pas un entourage des plus propices pour une jeune fille.

En plus, ce même jour, Elizabeth (Sybille Schmitz) quitte son maître, remplacée illico par Meta (Franziska Kinz).

Sous prétexte de lui expliquer la situation Meinert abuse de Thymian : un enfant va naître.

L’enfant est placé chez une nourrice. Thymian est répudiée et envoyée dans une institution pour jeunes filles perdues.

Parce que Thymian est devenue l’une d’elles.

Mais son calvaire n’est pas terminée : elle va tomber encore plus bas…

 

Tourné dans la foulée de Loulou (sorti le 30 janvier 1929), ce Journal fait se retrouver Pabst et Louise Brooks pour une histoire beaucoup plus noire. C’est ce qu’on peut appeler une comédie : ça se termine (à peu près) bien, et le personnage de Louise Brooks ne meurt pas à la fin.

Il s’agit d’un film à l’intrigue actuelle (pour 1929) : les indications temporelles font référence à juin et août 1929. Là encore, nous avons une jeune fille et les préjugés sexuels d’une autre époque. Thymian est abusée. Qu’importe : la famille suit un code d’honneur obsolète qui amène l’éviction de cette jeune fille, sans autre forme de procès. Le père, malgré ses penchants ancillaires, est un être lâche qui abandonne sa fille, se pliant à l’avis général.

C’est la déchéance qui donne tout son sens au film. Nous suivons Thymian tomber de plus en plus bas jusqu’à finalement se redresser. Mais à quel prix ?

L’institution décrite par Pabst est une espèce de prison où les dirigeants sont de véritables sadiques. Tout y est interdit (« verboten » est le seul mot qu’on distingue du règlement) et les pensionnaires sévèrement punis par un grand homme chauve (Andrews Engelmann) au sourire aussi faux que celui de Fritz Rasp, et une femme mauvaise (Valeska Gert) que les gros plans rendent encore plus inquiétante.

Parce que ce film est truffé de gros plans. Le visage de Thymian, bien sûr, mais aussi de ses amis Erika (Edith Meinhard) ou le comte Osdorff (André Roanne). Mais surtout, les plans les plus marquants sont ceux des « ennemis » de Thymian : Meta, les dirigeants de l’institution…

D’une façon générale, la caméra est omniprésente dans ce film. Les prises de vues y sont toujours justes et pertinentes. Plusieurs fois, des mouvements – panoramiques et travellings – soulignent l’intensité dramatique du moment.

Remarquable.

 

Et le journal, dans tout ça ?

Il est un moyen pour Thymian de noter les choses importantes, d’écrire des lettres, mais ne renferme pas le récit de sa vie, comme on aurait pu le penser. Mais à partir du moment où Thymian remonte la pente fatale qu’elle avait empruntée, ce journal disparaît : le seul lien de cette vie « dissolue » n’a plus de raison d’être, Thymian a changé.

 

Et la fin heureuse ne l’est pas complètement. C’est une fin en demi-teinte : comment pourrait-il en être autrement ? Le passé de Thymian peut ressurgir à n’importe quel moment et remettre en cause ce nouveau bonheur. C’est d’ailleurs ce qui se passe, dans une séquence finale superbe, où Thymian retourne à l’institution.

Cette séquence amène aussi la véritable pensée du réalisateur quant à cette fille perdue, énoncée dans l’intertitre final par l’un des tenants de cette société si prompte à juger les « filles perdues ».

 

Un film magnifique.

 

 

 

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