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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Drame

Dix ans après, il revient.

Mais…

Deuxième film parlant de Fritz Lang, il s’agit ici encore d’une histoire allemande contemporaine. L’héritage du cinéma muet est là, comme l’atteste la scène d’ouverture, où seul le bruit des rotatives s’entend, donnant un alibi pour ne pas entendre ce que disent les protagonistes.

C’est aussi le dernier film de Fritz Lang en Allemagne avant vingt-cinq ans (Le Tombeau indou, 1958)

Alors on peut dire qu’il s’agit aussi du testament de Fritz Lang sur sa première période allemande. Alors, il reprend son personnage fétiche, génie du Mal : Mabuse. Rudolf Klein-Rogge lui prête à nouveau ses traits.

Mais…

Mais Mabuse n’est plus celui qu’il était. Il est vieux, diminué, interné.

Nous l’avions laissé fou à la fin du film de 1922. Ca ne s’est pas arrangé. Le docteur Baum (Oscar Beregi) – son praticien – nous décrit sa vie dans la décennie écoulée. Rien, puis une frénésie d’écriture. Il écrit, jusqu’à 30 pages par jour ! Et qu’écrit-il ? Son journal ? Non. Son testament ? Si on veut.

Il s’agit plutôt d’un précis de criminalité, dans lequel il couche toutes ses idées malfaisantes. Et ces/ses idées inspirent ce qu’on appellerait aujourd’hui un copycat !

Alors que Mabuse végète – puis meurt – dans son asile, un mystérieux criminel s’attaque à la société en se faisant passer pour Mabuse. Ses pratiques sont exactement celles que prône Mabuse. Etonnant, non ? [Je ne vous dirai pas qui c’est !]

En face de ce nouveau génie du crime, un policier très fort – physiquement et mentalement – le commissaire Lohmann – « le gros Lohmann » – qui s’était s’était distingué en arrêtant Hans Beckert dans M le Maudit. Là encore, c’est Otto Wernicke qui endosse ce personnage.

Puisqu’on en est aux récurrences d’acteurs, Theodor Loos (Docteur Kramm) et Georg John (le serviteur) sont là, bien entendu, ainsi que Heinrich Gotho (cherchez-le !).

Mais comme en 1922, Mabuse ne peut pas gagner. Lohmann, aidé d’un repenti (Tom Kent – Gustav Diessl – Jack l’Eventreur dans Loulou de Pabst), va s’en charger.

Au-delà de l’intrigue, Lang nous offre – encore une fois – un film époustouflant. Certains épisodes rappellent le premier opus :

  • La première installation que nous découvrons est l’atelier de fausse monnaie ;
  • Une fusillade éclate lors de la capture des complices ;
  • Une poursuite en voiture, non pas pour sauver le justicier, mais pour rattraper le nouveau Mabuse
  • Ce nouveau génie termine comme son modèle.

Comme dans M, Lang nous propose des inventaires silencieux après des moments de tension, un plan fixe sur une situation, sans autre explication : le téléphone, le journal, le bureau de Kent…

Autre technique utilisée par Lang, les liaisons entre les plans : comme dans certains moments de M, à une scène correspond la suivante à travers un élément. Le journal de Kramm relatant le vol de bijoux, suivis de l’inventaire des bijoux.

Autre clin d’œil à M, l’annonce du meurtre de Kramm est affiché sur une colonne Morris…

Mais les scènes les plus impressionnantes sont celles autour de la folie :

  • Avec Hofmeister : il est devenu fou suite à l’intervention des complices du nouveau Mabuse après avoir voulu dénoncer l’atelier de fausse monnaie à Lohmann. Lors de la visite de ce dernier à l’asile, nous assistons à une surimpression du décor dans lequel Hofmeister est devenu fou. Décor signé Carl Hoffmann, qui collaborait avec Otto Hunte sur les films précédents de Lang, et on ressent fortement cette influence dans cette scène.
  • Avec Mabuse : pas de surimpression pour Mabuse. Seulement son regard, qui a noirci. Il n’a plus les reflets azuréens du premier opus, mais la noirceur de son esprit maléfique.
  • Avec son successeur : Mabuse devient un être semi-fantastique avec des yeux exorbités et démesurés, un ectoplasme qui prend possession du corps de son copieur.

Cette scène de possession du corps est l’une des plus surréalistes de Fritz Lang de par son aspect irréel, tout d’abord, et ensuite parce qu’elle est soutenue par la présence de masques africains et de crânes dans le bureau où a lieu le transfert. C’est aussi le seul moment où on entend parler Mabuse… Alors qu’il est mort !

Mais Mabuse, s’il a changé depuis son internement, a aussi évolué dans sa symbolique. De Fantômas allemand, il se mue en futur dictateur…

Parce que Mabuse, c’est Hitler. Il est fou, comme l’autre. Il écrit sa vision du monde et de la société pendant son internement, comme l’autre. Il encourage la destruction d’un monde et d’une société, comme l’autre.

Pourtant – dirait Sadoul (Georges) – Théa von Harbou, la femme de Lang, était membre du NSDAP (parti de Hitler). Comment se fait-il qu’elle ait pu cautionner une attaque déguisé contre celui qui deviendrait son « führer » ?

Tout d’abord, elle n’avait pas le recul que nous avons aujourd’hui, mais surtout, elle n’avait pas obligatoirement compris le message sous-jacent.

Un qui l’a compris rapidement, c’est Goebbels, qui fit interdire le film.

Malgré tout, le film à survécu à l’autre. Et le parallèle reste flagrant : Hitler, à l’instar de Mabuse, insuffle le mal dans une société qui ne va pas très bien elle non plus (cf. scène de l’agence pour l’emploi).

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