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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Zwick
Les Insurgés (Defiance - Edward Zwick, 2008)

C’est d’abord une main, au bout d’un bras tendu qui ouvre le film. Mais cette main et ce bras ne sont pas destinés à aider quiconque : il s’agit de ceux d’Hitler, alors que la Wehrmacht et les SS envahissent la Biélorussie, le 22 juin 1941.

Avec la guerre, c’est aussi la répression et le massacre des Juifs qui s’installent dans ce pays.

Parmi les Juifs de Biélorussie, les frères Bielski ont organisé un camp dans la forêt, sauvant jusqu’à 1200 personnes d’une mort assurée, résistant par la force à l’ennemi allemand.

C’est la création de ce camp et de sa vie pendant une année qui nous est racontée ici.

 

Après Steven Spielberg (Schindler’s List, 1997), Roman Polanski (The Pianist, 2002), ou encore Jon Avnet (Uprising, 2004), c’est au tour d’Edward Zwick de participer à la mémoire des Juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale au cinéma.

A nouveau, c’est un épisode tragique qui nous est décrit ici, d’une résistance désespérée mais pourtant pleine d’espoir : celui de vivre toujours comme des êtres humains.

Et dans sa façon de diriger le film, Zwick illustre la survie de ce peuple déraciné au milieu de nulle part, avec le sort du peuple juif dans l’Ancien Testament.

 

La première référence concerne les deux aînés : la Genèse.

D’un côté nous avons Tuvia (Daniel « My name is Bond » Craig), et de l’autre Zus (Liev « Cotton » Schreiber). On ressent tout de suite une barrière entre ces deux hommes qui semble remonter à loin mais doit s’estomper dans cette heure grave où les deux autres plus jeunes frères – Asoel (Jamie « Billy Elliott » Bell) et Aron (George « Bedovan » McCay) – ont plus que besoin d’eux puisque leurs parents sont morts.

Mais l’affluence toujours plus forte des réfugiés juifs renforce leur différent et on arrive alors à un combat fratricide. Si Tuvia peut être identifié à Abel de part son côté accueillant et donc Zus à Caïn du fait de son « égoïsme » compréhensible, c’est tout de même Tuvia qui manque de tuer Zus, et comme son prédécesseur biblique à l’aide d’une pierre.

 

Autre référence importante : l’Exode.

Alors que l’Exode concerne le départ des Juifs d’Egypte, menés par Moïse, ici ce sont les membres du camp qui sont emmenés loin du fait de l’arrivée des Allemands qui viennent liquider le camp. On retrouve alors l’analogie avec le peuple hébreu quand ils se retrouvent arrêtés par des marais à perte de vue, leur « Mer Rouge ». On retrouve à ce moment le même découragement devant cette barrière naturelle semble-t-il infranchissable. Mais si Tuvia ne va pas partager les flots, ils réussiront tout de même à passer.

La dernière partie de ce « passage » (1) concerne la nouvelle menace allemande qui les attend de l’autre côté : alors que Tuvia-Moïse est las de tout cet effort, c’est Asoel qui prend sa suite, remotivant ses compagnons d’infortune, à l’instar de Josué qui prit la suite de Moïse.

 

Autre référence biblique : le bouc émissaire.

C’est un soldat SS allemand qui est capturé peu avant l’exode qui va payer pour tous les autres qui, comme lui, ont tué les autres Juifs de Biélorussie, leurs familles, leurs amis, leurs coreligionnaires. Les membres du camp vont s’acharner et le tuer, lui rappelant leur peine et leur désespoir engendré par l’arrivée de ces méchants hommes (étaient-ce encore des hommes ?).

Cet épisode, malgré tout, amène un certain malaise : il n’est jamais agréable de voir des hommes et des femmes s’entretuer, et par cette action, l’humanité s’efface tout de même un peu, malgré les circonstances – ô combien – atténuantes dont peuvent bénéficier ces meurtriers occasionnels.

 

 

Mais malgré tout, Edward Zwick, malgré ces références bibliques évidentes, continue son récit, illustrant les différents états d’esprit qu’on put voir ou lire pendant cette période sombre :

  • le Judenrat (Conseil juif) de Baranavitchy qui refuse de croire à l’élimination totale des Juifs par les Nazis, persuadés de leur importance dans ce système avant tout barbare ;
  • la supplique un tantinet blasphématoire de Shamon Haretz (Alan Corduner) à la mort de deux hommes, qui demande à Dieu de ne plus être considérés comme le « Peuple béni », cette bénédiction n’amenant que des catastrophes ;
  • L’attitude plus qu’ambiguë de l’Armée Rouge vis à vis des Juifs.

 

Cette dernière assertion s’illustre dans le film par le passage à tabac d'un de ses compagnons dans le camp des partisans russes.

Il ne faut pas oublier que les Juifs furent beaucoup persécutés en Europe de l’Est et en Russie : pogrom est d’ailleurs un mot russe qui signifie détruire. On retrouve d’ailleurs mention de cet antisémitisme dans l’un des premiers dialogues entre Shamon (encore lui) et Isaac Malbin (Marc Feuerstein) quand ils comparent les deux dictateurs à moustaches : à l’ouest celui qui a une petite et à l’Est celui qui en a une grosse.

 

Au final, nous avons une fresque humaine d’un épisode fort méconnu de l’histoire juive pendant la deuxième guerre mondiale. Et Edward Zwick filme avec beaucoup de conviction cette histoire atypique : rarement on n’a vu les Juifs résister au cinéma, si ce n’est dans le cadre du Ghetto de Varsovie.

On retrouve aussi dans ce film l’engagement qui est cher à Zwick et qui s’exprimait dans son film précédent Blood Diamond (2006). Ici l’engagement des frères est le moteur du film et donne un sens à leur vie, les faisant se révéler : aux autres comme à eux-mêmes.

 

 

(1) le terme hébreux « Pessa’h » peut être ainsi traduit, même si je ne suis pas spécialiste.

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