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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Deliverance (John Boorman, 1972)

Ce sont quatre amis. Des hommes d’une trentaine d’années. Ils débarquent d’Atlanta, où ils mènent la belle vie.

Ils sont dans les Appalaches, pour descendre une rivière en canoë, avant qu’elle soit recouverte par les eaux d’un barrage.

Mais la balade va bientôt se transformer en cauchemar.

 

Ca commence comme un film de copains. Tout le monde est prêt à passer du bon temps. Ce sera dur, mais peu importe, ce retour à la nature est salutaire pour ces hommes qui vivent de et par la vie citadine.

Lewis (Burt Reynolds) est un homme physique, habitué des sports extrêmes et bon tireur à l’arc. Ed (Jon Voight) est différent. Il vient avant tout pour retrouver des hommes qu’il aime et vivre quelque chose avec eux. Drew (Ronny Cox) est un homme doux et bon joueur de guitare. Quant à Bobby (Ned Beatty), c’est celui qu’on pourrait appeler le maillon faible : il est enveloppé et peu adapté à ce genre de sortie.

Et pourtant…

 

On assiste à un démarrage plaisant, voire naturel. Il n’est pas pensable que les choses puissent mal tourner. Et pourtant, il est des signes qui ne trompent pas. Ces hommes, citadins avant tout, sont venus pour se ressourcer – n’oublions pas la fin de la décennie précédente et ces appels au retour à la nature. Mais ils n’ont rien de hippie. On dirait plutôt qu’ils sont à la recherche de leurs sources, de l’esprit qui habitait les pionniers dans les siècles passés. On pense évidemment à l’expédition de Lewis et Clark (1806-1808), dont l’un des personnages partage le patronyme, ce qui ne me semble pas relever de la coïncidence.

Mais si l’expédition passée fut une grande réussite, il n’en va pas de même ici. Bien au contraire.

 

Ces hommes à la recherche de leurs sources se heurtent non seulement à une rivière hostile, mais aussi aux autochtones. Le premier contact est d’ailleurs déterminant. Si Drew accroche avec le jeune Lonny (Billy Redden), un virtuose du banjo, la relation ne sera que musicale*. Le lien créé se brisant dès la dernière note jouée et la main tendue de Drew vers lui.

Et d’une manière générale, il y aura toujours une barrière entre ces hommes de la ville et ces montagnards (« hillbillies »), qui ne comprennent pas ces étrangers et leur projet. D’une certaine façon, ces hommes du crû sont le lien entre la nature et la ville. Ils vivent reculés de tout et sont facilement raillés par ces quatre hommes arrogants. Mais cette arrogance, d’une façon ou d’une autre se payera, et au prix fort.

 

Il y a un contraste fort entre la beauté des grands espaces, de cette nature qui sera bientôt engloutie, et la noirceur des actes qui seront commis, que ce soit par nos quatre hommes ou les montagnards. Mais cette délivrance promise par le titre n’est en rien une rédemption. Ces hommes sont condamnés. Condamnés à traîner leur histoire toute leur vie durant.

Et il y a bien délivrance. D’un côté, ces hommes se sortent de ce bourbier qu’est devenue leur escapade, et de l’autre, le pays qui les a accueillis le temps d’un weekend s’en débarrasse sans hésitation : de toute façon leur aventure sera engloutie par les flots, et à ce titre, la dernière intervention du shérif Bullard (James Dickey, qui a en plus écrit le roman éponyme) est d’une grande sagesse et conclut cette terrible histoire de la meilleure des façons.

 

Restent des performances d’acteurs phénoménales : Burt Reynolds, habitué aux rôles plus légers voire décoratifs, est superbe dans ce rôle de force de la nature rattrapé par la réalité, pendant que Ronny Cox joue un Drew dépassé par les événements et d’une certaine façon garant de la civilisation, que les trois autres vont rejeter par esprit de conservation. Ned Beatty, qui fait ses débuts au cinéma joue un personnage qui évolue, tout comme Jon Voigt et son Ed. Ces deux derniers d’ailleurs donnent le ton du film tout du long. Et l’utilisation de la musique est totalement liée à l’intrigue. Tant que tout va bien, les mélodies du « duel » sont reprises pendant la partie heureuse de leur périple, avec en prime feu de camp et chanson autour du feu, héritage du siècle précédent, qu’on retrouve souvent dans les westerns.

Mais dès que les choses tournent mal, la musique disparaît pour ne réapparaître qu’au moment où la mort frappe l’un des quatre hommes.

Il n’y a d’ailleurs aucune surprise quant à savoir celui qui va mourir. On dirait presque que c’était écrit.

 

Enfin il y les autres, les autochtones. Des culs-terreux, des primates, serait-on tenté de dire. Mais ces gens représentent avant tout un monde qui disparaît, recouvert par une société qui se dit civilisée, mais qui n’a finalement pas tellement plus évoluer, les comportements des quatre hommes en étant un exemple flagrant. Bientôt, l’endroit sera inondé et on ne parlera plus de tout ça. Le monde nouveau avance, mais 45 ans après, on n’a pas vraiment l’impression que ce soit finalement mieux.

 

 

 

* Un magnifique duel banjo-guitare resté dans les annales.

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