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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Robert Schwentke
The Captain: L'Usurpateur (Der Hauptmann - Robert Schwentke, 2017)

C’est un homme qui court, en noir et blanc. Il a le visage un brin ensanglanté et on entend un clairon (mal) sonner. Cet homme, c’est un soldat. Quand le champ s’élargit, on voit qu’il est poursuivi par un véhicule militaire dans lequel des hommes sont debout et lui tirent (mal) dessus. C’est un soldat allemand, poursuivi par d’autres soldats, eux aussi allemands.

En cette fin de Deuxième Guerre Mondiale, les militaires dont la chasse aux déserteurs. Et cet homme poursuivi en est un.

Une fois qu’il a échappé à ses poursuivants, notre homme découvre une voiture abandonnée. Dedans, une valise avec un uniforme de capitaine, et même un livret militaire. Après une courte hésitation, il endosse l’uniforme et va devenir le capitaine Herold (Max Hubacher), en mission spéciale pour le Führer afin d’évaluer la situation à l’arrière du front.

 

Après le décevant Divergente 3, Robert Schwentke se retourne vers ses racines et va tourner en Allemagne, d’après une histoire vraie, celle de Wili Herold qui fut condamné à mort avec ses hommes pour crimes de guerre (environ 125 victimes). A sa mort, il avait 21 ans. Comme quoi la valeur n’attend pas le nombre des années…

Et en plus de tourner dans un superbe noir et blanc, Schwentke joue avec le scénario (qu’il a aussi écrit) : cet homme poursuivi a toute notre sympathie (1) : peut-on en vouloir à un soldat de déserter ? Et encore plus quand la guerre est perdue (2)… Mais la découverte de la voiture est le basculement nécessaire au scénario : sans cette voiture, pas d’usurpation. Pas de crime ? Je n’irai pas jusque là. Herold est un abominable salaud, écoeurant jusqu’aux autres officiers du camps n°2 dans lequel il va exécuter sans procès 90 prisonniers qui encombrent les nazis.

 

Et Schwentke va sans cesse jouer sur deux tableaux : on veut (presque) croire que Herold est un type bien. Sa première exécution ressemble à un rite de passage : il tue un déserteur pour donner le change à ceux qui sont autour de lui. C’est aussi une façon de faire authentifier son mensonge et donc de faire passer son usurpation. Mais plus le film avance et moins il a de circonstances atténuantes. Et même s’il dit à son aide de camp Freytag (Milan Peschel) que les hommes qu’il va faire exécuter vont de toute façon mourir, cela ne l’exonère en rien de ses crimes. Pire : il va partager sa culpabilité de manière tout à fait ignoble : ce sera Freytag (3) tout d’abord qui se tient toujours en retrait des exactions de son supérieur, à qui il demandera d’achever un fusillé ; puis les acteurs à qui il demandera d’exécuter d’autres prisonniers. Cette façon de procéder est franchement abjecte : une fois la première victime tuée, on ne peut plus faire marche arrière.

 

Et si le film a commencé par une séquence bizarre, rappelant sur certains points le surréalisme (la poursuite au son du clairon mal joué), celle qui va clôturer (provisoirement, voir ci-dessous) le film relève cette fois-ci plus du rêve voire du symbole qu’autre chose : ce capitaine s’en va, traversant une plaine jonchée de squelettes jusqu’à disparaître dans la forêt avoisinante. Si cette (presque) ultime scène relève du cauchemar, elle fait aussi écho à la suite que nous ne verrons pas : arrêtés, Herold et ses hommes devront déterrer toutes les victimes du camp dans lequel ils auront « officié ».

 

Quand lez film se termine, deux intertitres silencieux nous relatent ce qu’il advint de cet ignoble individu. Sans musique. Et d’une certaine façon, c’est l’absence de musique qui domine tout au long du film. Mais ce n’est pas pour autant un film silencieux : la bande son est très importante, mettant l’accent sur le bruit (donc pas vraiment agréable) plus ou moins naturel, renforçant l’aspect terrible et brut (voire brutal) de l’intrigue, sans soutien musical.

 

Et dans la séquence finale qui va se dérouler pendant le générique de fin, Schwentke réussit un dernier coup de force : d’une certaine façon, on peut y établir un parallèle avec le film en lui-même : on retrouve ce commando dans le blindé qui l’a amené dans la dernière ville. On se dit que Schwentke nous propose quelques rushes supplémentaires. Mais rapidement le plan se décale par rapport à la séquence précédente et on aperçoit des vitrines d’échoppes qui n’ont rien en commun avec celles de 1945. Puis ce sont les voitures qui jonchent le parcours (garées ou en mouvement) qui sont celles d’aujourd’hui, tout comme les personnes qui voient ce curieux cortège évoluer.

Une dernière séquence qui crée un nouveau malaise : ces soldats de cinéma se comportent de la même façon que dans le film lui-même, un peu plus de 70 ans après, les exécutions en moins.

Ne serait-ce pas pour nous montrer que nous ne sommes pas à l'abri d'un tel retour ?

 

PS : une séquence est en couleurs, mais pour un daltonien comme moi, ça ne fait pas beaucoup de différence…

 

  1. La mienne, en tout cas.
  2. Ce que confirmera un contre-amiral (Hendrik Arnst) en fin de film.
  3. En allemand, « Freitag » signifie vendredi. Certes, c’est écrit avec un i. Mais cela sonne de la même façon que le nom de ce personnage qui va accompagner Herold dans son errance. A l’instar du compagnon de Robinson Crusoé, Freytag sembler venir de nulle part, tant la situation militaire fin avril 1945 était compliquée en Allemagne.
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