Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang, #Fantastique

En allemand : der müde Tod. La Mort lasse, fatiguée. Cette Mort, c’est Bernhard Goetzke qui la personnifie. Et cette mort est fatiguée de voir les hommes mourir. Fatiguée d’être conspuée de faire son (sale) travail.

Alors quand une jeune femme (la toujours belle Lil Dagover), qui vient de perdre son amant (Walter Janssen), lui demande des comptes, il accepte un défi : elle devra le vaincre au moins une fois et sauver l’une des trois vies qu’il lui propose.

Après ses escapades exotiques, Fritz Lang revient à une tradition allemande. Il revisite à sa façon les contes du patrimoine. Mais aucun nom, sauf dans les histoires annexes.

L’intrigue principale se situe dans un village allemand, sans plus de précision : ni date, ni lieu. C’est l’Allemagne éternelle. Dans ce village la vie suit son cours, jusqu’à l’arrivée d’un étranger qui achète le terrain attenant au cimetière. Aussitôt, il fait entourer sa parcelle d’un haut mur sans porte. Seuls les trépassés pourront y pénétrer.

Lang s’est inspiré de La Mort pour marraine : les frères Grimm y ont raconté l’histoire de la mort qui veille sur les bougies représentant la vie des hommes. Des bougies longues pour ceux qui viennent de naître, des bougies courtes pour ceux qui vont mourir.

Ici, trois bougies moyennes (trois lumières) : trois vies qui ne tiennent qu’à un fil.

A chaque fois, un homme est sur le point de mourir. A chaque fois, cet homme est personnifié par l’amant de cette femme. A chaque fois, elle va se démener pour essayer de le sauver.

Mais à chaque fois, aussi, la Mort est là, personnifiant celui qui frappera l’être aimé.

Quoi qu’elle fasse, elle est prédestinée.

Mais malgré tout, Lang reste dans le domaine exotique : chaque vie à sauver est située dans un lieu lointain.

  • En Perse, pendant le ramadan, tout d’abord : il s’agit de sauver un jeune homme « franc », un roumi. C’est un derviche qui le confondra et permettra son arrestation : Rudolf Klein-Rogge.
  • A Venise, pendant le carnaval, ensuite : le jeune homme est condamné par le conseil des 14. Il doit être exécuté sur ordre de Girolamo : encore Rudolf Klein-Rogge.
  • En Chine enfin, pour l’anniversaire de l’empereur. Ici, c’est une Chine de pacotille, celle des mandarins et des empereurs aux ongles démesurés, et des supplices plus ou moins raffinés.

Seule la séquence finale se situe en Allemagne. Elle est aussi l’occasion de la révélation pour la jeune femme.

En regardant le film, on a envie de croire à la victoire de la jeune femme sur la Mort, même si on sait pertinemment que c’est illusoire : la Mort gagne toujours à la fin.

On est triste pour les amoureux, mais c’est la Mort qui attire toute l’attention. Alors que dans d’autres cultures, on représente la mort comme un spectre encapuchonné armé de sa faux, ici, la Mort est un homme, parce qu’en allemand, « Tod » est masculin. Mais c’est un homme las. Il n’a plus de sentiment, n’éprouve aucune émotion. Il fait son boulot, et puis c’est tout. Implacablement. Et Bernhard Goetzke exprime très bien cet état de fait par un visage marqué mais froid. Marqué par le temps et l’épreuve (même les bébés meurent dans ses bras), mais froid parce que tous doivent y passer, sans distinction, sans traitement de faveur.

Sa seule faiblesse permettra à la jeune femme une dernière tentative pour regagner son amant.

Malgré la froideur du propos, Lang utilise quelques effets spéciaux adéquats : la Mort apparaît en surimpression sur un personnage puis le remplace afin de souligner l’inéluctabilité ; ombres des trépassés… Le dernier épisode – où se produit un magicien – est encore plus prétexte à effets : tapis volant, transformations.

Mais la vraie magie, c’est celle qui nous transporte pendant toute la duré du film et nous fait vouloir la réussite de la jeune femme.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog