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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Georg-Wilhelm Pabst, #Drame

Tout le monde aime Loulou : le Dr Schön, Alwa, Schigolch, Geschwitz et même Jack.

Le Docteur Schön, c’est l’amant attitré. Sa relation avec elle est de notoriété publique, même si ça le gêne un peu aux entournures. Surtout qu’il aimerait se marier avec une autre jeunesse.

Alwa, c’est le fils du précédent. Il est donc jeune et beau. Il semble distant au début, mais en fin de compte, lui aussi aime Loulou.

Schigolch, c’est l’instrument du destin. C’est lui qui mène Loulou. Tour à tour son père ou son premier client, on peut même penser qu’il est son souteneur quand il entre chez elle et se sert dans son pot d’économies. C’est un homme simple, Schigolch, il aime le confort, son bien-être et le pudding.

Geschwitz, c’est la Comtesse. Elle aussi aime Loulou, mais ce n’est pas très bien vu à la fin du XIXème siècle (ni en 1929 !). Elle aime Loulou sans retour et sans espoir. Mais elle l’aide quand elle peut.

Jack, c’est l’éventreur. Il aime les femmes. Alors Loulou…

Loulou, ce sont trois phases : la liberté, le mariage, la déchéance.

On aurait pu appeler ce film Grandeur et décadence d’une jeune fille allemande, mais non. C’est La boîte de Pandore, le titre original. Et qui est Pandore ? Loulou, bien entendu.

Autrement, Pandore, c’est celle qui ouvre la boîte où sont enfermés tous les maux de la terre, et qui la referme avant que l’espoir puisse en sortir.

Alors pas étonnant que tout se délite, et que l’issue sera fatale.

Et tout dans le film nous indique la déchéance annoncée de la jeune femme.

Au début, Loulou est une femme libre, installée dans un appartement lumineux ouvert. Elle reçoit, surtout le Dr Schön, son régulier.

Ensuite, elle épouse Schön, mais celui-ci la force à le tuer. La maison où ils auraient dû vivre est plus foncée. Loulou est mariée, elle n’est plus aussi libre.

Puis, ils sont à Londres, dans la nuit, dans le brouillard. Elle n’a plus le choix, elle doit se prostituer pour subsister.

Et donc, elle meurt.

Le film se teinte de sombre progressivement pour emporter Loulou dans la mort et Alwa dans la nuit, à la suite de l’Armée du Salut.

Et Schigolch, dans tout ça ?

Il poursuit son chemin. Il s’en sort toujours.

C’est lui qui met la puce à l’oreille de Schön dans l’appartement de Loulou, quand il apparaît. Il est alors son « premier client ».

Puis, il a Loulou sur ses genoux après le mariage, alors que Schön entre dans la chambre. Il est alors son « père ».

Enfin, c’est lui qui la fait évader, lui qui l’encourage à se prostituer pour « goûter une dernière fois » au pudding.

Et quand Loulou est morte, que le malheureux Alwa part avec l’Armée du Salut, il déguste un énorme pudding, une matrone souriante à ses côtés.

Loulou, c’est tout ça à la fois. Mais c’est surtout cette femme libre qui s’enferme de plus en plus et qui perd son sourire. Malgré tout, tous l’aiment. Même l’éventreur qui en lâche son couteau, subjugué par cette femme extraordinaire au sourire incomparable. Parce que c’est ce sourire qui la perd. Sans lui, Jack repartait.

Loulou, c’est Louise Brooks, et Louise Brooks, c’est Loulou, tellement ce rôle lui a collé à la peau. Mais c’est aussi une jeune femme moderne. Elle n’est pas de son temps. Quand les hommes séduisants sont des notables ou des gens fortunés et installés bien en chair, elle est mince, fraîche et légère. Quand la société aime les unions préparées dans une même caste (Marx dirait « classe »), elle aime qui lui plaît, quelle que soit son origine.

Quand les bourgeoises ont toute une allure convenue et standardisée, elle a des cheveux courts coupés au carré. Alors que les rombières sont couvertes jusqu’au cou, elle a des vêtements légers et (très) aérés. Elle n’est pas de son temps. Surtout quand on apprend que « son temps », c’est aux alentours de 1888… (Jack l’Eventreur oblige)

Mais Loulou, en plus de son sourire, ce sont des yeux qui brillent. Ils ne cesseront de briller que quand elle sera morte. Même quand elle a touché le fond et monte avec Jack, elle le regarde avec ses yeux pétillants.

Alors oui, j’aime ce film. J’aime Louise Brooks, et puis c’est tout.

P. S. : Il est dommage d’avoir comparé cette femme avec Pandore – l’Ève de de la mythologie grecque – parce qu’elle n’en a ni l’ignorance ni les défauts. Mais à la fin du XIXème siècle, quand on était une femme hors norme, malheureusement, on était considérée comme une créature maléfique.

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Y
Grand film mais surtout grande actrice.
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