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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang, #Drame

Le Docteur Mabuse (Rudolf Klein-Rogge), c’est l’incarnation du Mal. A l’instar de Fantômas, il est un véritable génie du crime. Son activité est sans limite : vol, meurtre, enlèvement, fausse monnaie…

Après l’Allemagne éternelle (Les trois Lumières), Fritz Lang revient avec un film plus contemporain. Nous sommes donc dans l’Allemagne d’après guerre 14-18. Les œuvres d’art exposées sont expressionnistes – avec en prime une prédilection pour les sculptures africaines.

Plusieurs fois, il est fait référence à l’année de tournage : 1922. C’est un an avant une récession sans précédent : c’est l’opulence, les night-clubs fleurissent, ainsi que les cercles de jeux y attenant. Mabuse est un criminel moderne. Sa couverture : psychanalyste de renom.

Il a recours aux techniques criminelles habituelles, bien entendu, mais il est aussi capable d’affoler la bourse. Et de ses yeux bleus et froids, il hypnotise ses victimes, les faisant jouer inconsidérément et dilapider leur fortune.

Ses victimes : les gens riches. Edgar Hull (Paul Richter) sera assassiné, le Comte Told (Alfred Abel), déshonoré puis poussé au suicide.

Ses sbires sont sans foi ni loi : Hawash (Charles Puffy) qui s’occupe aussi de la fausse monnaie ; Spoerri (Robert Forster-Larrinaga) un cocaïnomane qui l’aide à se grimer ; Georg, le chauffeur et assassin ; et Pesch (Georg John) le chimiste. Ses hommes le craignent et lui obéissent sans hésiter, jusqu’à la mort.

Contre lui : le procureur von Wenk (Bernhardt Goetzke), qui use des mêmes artifices pour le confondre et arriver à son arrestation, mais toujours sans réussir.

Et puis il y a les femmes :

  • Cara Carozza (Aud Egede Nissen), la femme qui l’aime.
  • Dusy, comtesse Told (Gertrude Welcker), la femme qu’il aime.

Ce sont elles qui sont les catalyseurs de l’alchimie mabusienne.

Cara – l’ancienne maîtresse – est le jouet de Mabuse contre Edgar Hull. Elle l’aime absolument. Même emprisonnée, elle mourra plutôt que de le trahir.

Dusy, c’est celle qui l’a – malgré elle – envouté. Il désire cette femme et va même faire se déshonorer le comte pour pouvoir l’enlever. Mais cette femme – qu’il pensait dominer – va lui échapper. On peut même avancer que c’est le désir pour cette femme qui va précipiter sa chute.

Lang nous montre les différentes techniques utilisées par Mabuse pour réaliser ses néfastes desseins. Des la séquence d’introduction, nous savons que Mabuse use d’artifice : c’est un jeu de photos qui nous montre l’étendue de ses personnalités. C’est un homme dangereux, parce qu’avec ses déguisements, il passe inaperçu. De plus, sa technique hypnotique lui permet d’abuser des gens à leur insu, les poussant vers la mort sans scrupule.

Mabuse est une menace. Pour les riches, mais aussi pour la société : la manipulation boursière et son atelier de fausse monnaie sont là pour en témoigner.

Mais Mabuse est un extrémiste : il ne se rendra pas – la liberté ou la mort, pourrait-on dire, si cet homme n’était pas ce qu’il est. Mais la mort ne viendra pas pour lui. C’est la folie qu’il trouvera, exprimée par ses victimes venant le tourmenter, grâce à des surimpressions récurrentes (c’était déjà le cas avant la mort de Told).

Mabuse est peut-être le personnage le plus prémonitoire du cinéma allemand, car il opère à l’échelon de la société. Il hypnotise ses victimes, les forçant ainsi à accomplir des actions contre leur gré. Ses hommes lui sont dévoués corps et âmes. Ils n’ont pas vraiment de libre arbitre. Seul le Docteur compte.

L’analogie avec Hitler et le régime nazi – que l’on peut trouver dans les films allemands de cette époque – n’a jamais été aussi claire. En effet, après la guerre, nombre d’Allemands ont déclaré avoir été comme hypnotisés par le nazisme. L’avis de Mabuse sur l’art (l’Expressionnisme) est des plus méprisants, tout comme celui des nazis qui qualifieront cet art de « dégénéré ».

Hitler sera élu en 1933.

Le film est sorti en 1922.

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