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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Horreur
Dracula (Francis Ford Coppola, 1992)

Le mari d'Elisabeta (Winona Ryder) est mort à la guerre. C'est un message qu'elle a reçu qui l'annonce. Celui qu'elle aimait par-dessus tout est parti : elle n'a plus d'autre choix que mourir à son tour, espérant ainsi le retrouver. Alors elle tombe dans la rivière et disparaît doucement.

Mais c'était un mensonge. Son mari, le comte Dracul (Gary Oldman) est revenu pleurer sa femme perdue et maudire Dieu, responsable de son malheur.

Quatre siècles plus tard, un mystérieux comte Dracula prend possession des restes de l'abbaye de Carfax, en face de chez Mina Murray (Winona Ryder, encore elle !) et Lucy Westenra (Sadie Frost).

Il faut dire que Mina ressemble comme deux gouttes d'eau à Elisabeta...

 

Il était évident qu'un maître de la démesure comme Francis Ford Coppola devait s'atteler à l'adaptation du roman de Bram Stoker. C'était inéluctable. Et quel résultat.

Il y a une influence évidente du Nosferatu de Murnau, ainsi qu'une autre de Tod Browning.

Et Coppola réussit à se situer à mi-chemin entre les deux :

- d'un côté les ombres chères à Murnau  ;

- de l'autre, la volonté spectaculaire du personnage de Dracula, accentuée par des effets spéciaux plus « naturels » qu'en 1931...

Mais à la différences de ces deux adaptations, Coppola ne présente pas Dracula seulement comme une bête assoiffée de sang. L'accent, cette fois-ci, est mis sur l'homme derrière le monstre.

Parce que, malgré tout, monstre il reste, avec des effets sanguinolents renforcés. Mais...

Mais ici, Dracula est avant tout la victime du Destin : ce Destin mythologique qui ne favorise personne et qui fait le malheur de ses victimes. Mais ce Destin explique l'attitude de Dracula pendant tous ces siècles : sans ce message, pas de malédiction, pas de massacre (pas de film, non plus !).

Et la quête mortifère de Dracula se mue en quête amoureuse : c'est par l'amour qu'il sera sauvé !

Et cette quête amoureuse devient transcendante, appuyée par des images magnifiques où les couleurs - le rouge surtout - apporte une dimension magique voire poétique. De plus, Coppola passe régulièrement d'une séquence à l'autre en utilisant une récurrence de forme, le cercle : le soleil, l'œil de la plume de paon, le verre de cristal...

Gary Oldman est extraordinaire. Il campe un Dracula plus vrai que nature. Il n'a pas l'allure du psychopathe de Browning, ou décharnée de Murnau. Et son maquillage en vieil homme est bluffant. De plus, il n'a pas besoin de surjouer cet être infernal pour être inquiétant ou menaçant.

Winona Ryder est magnifique elle aussi (je suis un petit peu amoureux...), passant d'une jeune fille bien prude à un être pervers avec une facilité étonnante.
Et les autres ? A part Keanu Reeves qui campe un Harker un peu falot, nous avons des acteurs solides pour les seconds rôles : Anthony Hopkins et Tom Waits en tête.

Anthony Hopkins interprète un van Helsing plus humain, plus terre à terre, qui préfère agir le ventre plein, mais qui reste tout de même très pointu (surtout avec un pieu en main) quand il s'agit de chasser le vampire.

Tom Waits, quant à lui, nous transmet avec beaucoup de justesse la folie de Renfield, passant d'une phase consciente à un délire terrible, chassant les insectes pour s'en nourrir.

N'oublions pas non plus la dimension sexuelle de l'œuvre. Le roman, paru en 1897 - fin de l'ère victorienne - suggérait plus qu'il ne montrait cette dimension, alors que Coppola se libère des carcans moraux du livre pour nous offrir des scènes où le sexe est indissociable du sang et de la mort, surtout avec le personnage de Lucy.

Et puis il y a les ombres. Celle de Dracula, et les autres. Coppola use des ombres dans sa scène de bataille, dans les restaurants et au cinématographe : il n'est d'ailleurs pas étonnant, ayant situé son film en 1897 (année de sortie du livre) qu'il emmène ses protagonistes au cinéma ! Les ombres font un lien entre le présent de la narration et le passé guerrier du comte. Sans cesse présente avec le personnage, celle de Dracula se joue de tous : de Harker tout d'abord, du spectateur surtout. Il y a toujours un décalage entre l'action du comte et celle de son ombre. Soit elle est en retard, soit elle est en avance ou anticipe les désirs de Dracula. Elle s'allonge à l'envi, rappelant celle de Nosferatu dans le film de Murnau.

Et c'est tout à fait normal, ce film étant, d'une certaine façon, un très bel hommage au film allemand, qui reste - à mon avis - la plus belle adaptation du roman, même si elle ne fut pas autorisée.

 

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