
Zi road movie.
Mais cela reste un duel.
Un jour, un pauvre type double un camion lent et polluant. Le camionneur le double et ralentit. Alors il le redouble. Le routier le double à nouveau. Le duel est commencé. Le but ? Etre le roi de la route (King of the Road!). Enfin pour le conducteur du camion. Pour le pauvre type, c'est juste se tirer de ce guêpier et arriver à son rendez-vous. Mais nous savons qu'il n'y arrivera pas.
Le camionneur relance sans cesse notre pauvre bougre, qui n'est pas autant sans histoire qu'on pourrait le penser. En effet, c'est un homme lâche qui n'a pas réussi à défendre sa femme lors d'une soirée. Et l'émission de radio qu'il écoute le concerne autant que le témoin qu'on entend. Et le camionneur, en le choisissant, ne pouvait pas mieux tomber. Cet être veule est la cible idéale pour son jeu mortifère.
Et ce jeu les amènera au bout. Au bout de la route, au bout du défi.
Et c'est là que Spielberg nous démontre qu'il était déjà un génie. Cela commence par une caméra subjective ambitieuse qui nous met tout de suite du côté de David Mann. Et après avoir été ses yeux, nous serons dans sa tête et suivrons sa pensée. Ensuite, les plans choisis pour illustrer le bourreau sont tous formidables (n'ayons pas peur des mots). Jamais on ne voit cette espèce de déséquilibré. Seulement son bras, son épaule pour les plans plus larges. Et puis le camion. Sa calandre, sa silhouette. Le véritable personnage malfaisant, c'est ce camion. C'est un être vivant qui respire (plans récurrents du pot d'échappement) et qui rugit.
Alors on est vissé à son siège, on tremble et on regarde passivement ce duel qui ira jusqu'au bout.
Et celui qui s'en sortira, en sera-t-il grandi ?
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