Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Théâtre, #Comédie, #lexis Michalik
Edmond (Alexis Michalik, 2019)

Le théâtre, c’est la vie.

Mais le théâtre, c’est aussi l’illusion. Et de ce point de vue, le film d’Alexis Michalik en est une très belle.

Dès l’ouverture, on plante le décor : nous sommes à Paris en 1897, et Edmond Rostand (Thomas Solivérès) sort d’un échec avec sa dernière pièce – La Princesse lointaine – et ce malgré la présence de l’immense Sarah Bernhardt (Clémentine Célarié).

Va suivre l’élaboration puis la création de l’une des pièces du répertoire français les plus jouées, (1).

 

Tout comme l’œuvre de Rostand, ce film ne fut pas si facile que ça à créer.

En effet, Alexis Michalik a tout d’abord en a fait une pièce de théâtre, n’ayant pas la possibilité d’en faire un film. Heureusement, cette pièce en fut un succès, sinon, on ne pourrait pas voir ce très beau film.

Nous assistons alors à l’histoire improbable de cette œuvre, sur une période courte, la pièce s’allonger selon les rebondissements d’une intrigue qui ne cesse d’évoluer en fonction de l’inspiration de Rostand ou des caprices des acteurs, et surtout de la comédienne principale : Maria Legault (Mathilde Seigner).

 

Mais surtout, c’est le parallèle entre l’œuvre de Rostand et celle de Cyrano auprès de Christian qui nourrit le film. En effet, à l’instar de son personnage, Edmond écrit à la femme que son ami Léo (Tom Leeb, le fils de) aime, n’étant pas très habile dans le maniement de la langue.

Parce que la langue est l’enjeu de cette pièce. En effet, Rostand a réussi, avec cette œuvre, à remettre au goût du jour les alexandrins, donnant à sa pièce en plus du panache inhérent à son personnage principal. Ces alexandrins qui alourdissaient ses œuvres antérieures font tout le sel de cette création : On en arrive alors, à chaque intervention / à retrouver ce rythme à chaque élocution… (2)

 

Mais le succès du film est aussi dû à ses interprètes. Caque actrice, chaque acteur nous livre une performance généreuse et absolument dans le ton. D’Olivier Gourmet (le truculent Coquelin) à Dominique Pinon (Lucien, le régisseur), en passant par Lucie Boujenah (Jeanne, la muse d’Edmond), ce sont des professionnels qui s’inscrivent magnifiquement dans la période, nous montrant qu’on peut faire une œuvre spectaculaire sans utiliser obligatoirement des effets spéciaux numériques.

De plus, le film alterne comédie et émotion, amenant là aussi un très bel équilibre qui finit de combler le spectateur.

De plus, la reconstitution est émaillée de personnages célèbres dans de courtes apparitions : c’est Méliès (Arnaud Dupont), ou encore Tchékhov (Micha Lescot) qui croisent Rostand, sans oublier la paire du vaudeville Feydeau (Alexis Michalik) et Courteline (Benjamin Bellecour).

 

Et puis il y a la scène finale de la pièce, quand Cyrano/Coquelin se révèle à Roxane/Jeanne. C’est à mon avis l’une des plus belles scènes du film. L’engouement suscité lors de la première nous ramène alors à l’illusion énoncée en préambule : subrepticement, nous sortons du théâtre pour nous retrouver dans la vraie vie. Cyrano et Roxanne sont dans le cloître d’un couvent, cette dernière a les cheveux coupés comme chaque pensionnaire, la vanité n’étant plus de mise. Cette sortie du cadre théâtral accentue encore plus la dimension naturelle de cette œuvre pourtant écrite en alexandrins, écriture artificielle s’il en est.

 

Cette montée en puissance jusqu’au lever de rideau s’accompagne des accents mélodiques d’une œuvre tout aussi célèbre et célébrée : le Boléro de Ravel. Même si cette musique n’a été écrite que trente ans après la pièce, la montée en puissance – due à l’introduction progressive des instruments de l’orchestre – accompagne magnifiquement (encore une fois : tout est magnifique ici !) cette même montée en puissance de cette création ambitieuse et qui était vouée à l’échec. Il n’en fut rien, tant mieux.

 

Un (tout) petit bémol toutefois : dans la séquence d’ouverture, le spectateur se retrouve tout à coup submergé d’informations – visuelles, la présentation par un narrateur n’étant pas concernée – mais cet état ne dure pas et le film prend dès le début son rythme (le rythme, toujours le rythme !), la tension montant progressivement jusqu’à la fin de la première de la pièce et ses rappels innombrables.

 

C’est une pièce !... c’est un film !... c’est une épopée ! Que dis-je, c’est une épopée ? c’est un véritable chef-d’œuvre !

 

 

PS : ne partez pas avant la fin du générique final, vous aurez alors l’occasion d’y entendre quelques vers de la pièce, déclamés par des interprètes prestigieux, ainsi que quelques photos des véritables protagonistes de l’aventure. On remarque alors, une fois la dernière image montrée représentant Edmond Rostand, que ce dernier est mort assez jeune (50 ans), et surtout en 1918… Un centenaire qui fut plutôt oublié, l’année passée…

 

  1. En France comme ailleurs !
  2. Vous pouvez recompter, il y a bien deux fois douze syllabes…
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog