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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Baz Luhrman, #Tom Hanks
Elvis (Baz Luhrmann, 2022)

Epoustouflant.

A nouveau, les Américains nous démontrent qu’ils ont toujours l’un des meilleurs cinémas du monde. Et pour cela, ils nous gratifient d’un nouveau biopic de toute beauté, reprenant – encore une fois – la vie de l’un des artistes les plus emblématiques, le King soi-même, Elvis Presley (Austin Butler).

Nous sommes en 1997 quand commence le film, et le « colonel » Tom Parker (Tom Hanks) est à Las Vegas, pour les derniers instants de sa vie. Va s’ensuivre la vie d’Elvis, raconté par ce personnage trouble mais d’une certaine façon génial, celui qui fut son agent même après sa mort.

Ce sont donc une vingtaine d’années qui nous sont présentées, de l’éclosion du phénomène jusqu’à l’issue fatale annoncée, et surtout les rapports entre les deux hommes qui vont évoluer d’une symbiose prometteuse à une décadence annoncée elle aussi.

 

Bien sûr, on trouve une portée didactique dans l’intrigue, mais ce n’est certainement pas là que se situe le véritable intérêt du film. Et malgré la narration de Parker, c’est toujours le King le centre de l’attention. Et Austin Butler est incroyable.

Evidemment, il ne ressemble pas physiquement à Elvis (1), mais son allure, sa voix et surtout son déhanché ne trompent personne : il est Elvis. Parce que c’est là le talent de ce jeune acteur : réussir à être son personnage sans lui ressembler (2).

Les différentes prestations en concert d’Elvis sont alors de fabuleux moments où on retrouve l’époque qui a vu les grandes étapes de sa vie : sa découverte, son retour (en 1969) et Las Vegas, dernier lieu de représentation de la Légende. Et à chaque fois, c’est formidable. Ca fonctionne parfaitement : on s’y croirait, comme on dit ! Les premières prestations sont surtout l’occasion d’une belle reconstitution. Des décors/costumes/ coiffures, bien sûr, mais ça, c’est inévitable, mais aussi des mentalités, accentuées par les commentaires de Parker (« on ne sait pas si on a le droit d’aimer ») : toutes les femmes sont subjuguées par le déhanchement – lascif – du chanteur. Cette séquence eut nous paraître quelconque, près de 70 ans après, mais il faut absolument se replacer dans le contexte. Nous sommes en plein cœur des années 1950 dans le Sud des Etats-Unis, une région au moins aussi prude, voire pudibonde que le reste du pays. Les références sexuelles sont taboues quand elles ne désignent pas une certaine partie de la population : les Noirs. N’oublions pas que la ségrégation est encore de rigueur et de façon assez autoritaire. Et pour la population blanche (qui dirige), les gesticulations lascives du jeune homme sont une atteinte aux bonnes mœurs, ravalées au rang bestial et même pire : noir. Pire insulte de la part de gens qui sont extrêmement racistes comme le montrent les interventions d’un sénateur à un meeting en même temps que le concert de charité que donnait le « nouvel Elvis ».

Et la ségrégation va émailler le film, avec les différentes rencontres musicales d’Elvis – B.B. King (Kelvin Harrison Jr.), Little Richard (Alton Mason), Mahalia Jackson (Cle Morgan)… – ainsi que des événements tragiques qui n’en sont pas étranger – assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy – ramenant Elvis à son enfance dans les quartiers proches du ghetto noir de Memphis.

 

Encore une fois, Tom Hanks est magnifique dans ce rôle ambigu d’homme d’affaires « charitable » (3) qui n’était rien d’autre qu’un escroc. Génial peut-être, mais escroc avant tout. Comme le disait Hitchcock, pour qu’un film soit réussi, il faut (mais ne suffit pas) que le méchant soit réussi : c’est chose faite ici. Parker a un aspect salaud (quand Elvis a une attaque en 1973) qui ne dénature absolument pas son personnage. Bien entendu, les autres interprètes (très justes) sont un tantinet éclipsés par ce duo vedette, n’étant rappelés que par leur aspect anecdotique. N’empêche : Alton Mason est  vraiment impressionnant quand il interprète Tutti Frutti.

 

Autre élément important du film : sa construction. Baz Luhrmann démontre tout son savoir faire. Outre la réalisation, il participe au scénario et il participe à la production (on n’est jamais mieux servi que par soi-même). Sa construction du film – grandement aidée par le montage éclairé de Matt Villa et Jonathan Redmond – est très pertinente, que ce soit dans la narration de Parker – l’errance du vieil homme malade dans un casino désert – ou le mélange des images d’archives et tournées.

Parker erre, malade, poussant son goutte-à-goutte de morphine et nous raconte sa vérité : on dit que quand on meurt, toute sa vie défile devant ses yeux. Et c’est ce qu’il se passe ici : Parker est en train de mourir et tout lui revient, presque dans l’ordre, avec certaines incursions dans le passé (Elvis enfant dans la chapelle improvisée reviendra souvent). Quant aux images d’archives, les reconstitutions sont parfois bluffantes, surtout quand la dernière séquence nous montre le « vrai » King.

Et l’apothéose de ce mélange, c’est bien entendu la dernière chanson qui nous est proposée, lors de son dernier concert, Unchained Melody. C’est Austin Butler qui la commence, bouffi par les années de boulimie (encore un maquillage réussi), mais à un moment tout bascule, et c’est Elvis lui-même qui la termine, avec, même s’il est assis (il ne peut plus tenir debout), la même énergie que par le passé.

 

Un film phénoménal. Autant que le personnage dont il est question.

 

PS : Un petit bémol malgré tout, alors que le générique de fin se déroule, la voix d’Elvis (le vrai) entonne In the Ghetto (merveilleuse chanson !)… Et on se dit que ce (long) générique va être agréable à regarder. Et puis patatras, c’est une espèce de meddley elvissien à la sauce actuelle qui lui succède. Je veux bien (feindre de) croire que cela illustre l’un des derniers intertitres à propos de son influence, mais là, je ne peux pas. Je suis sorti.

 

  1. Le film n’est pas un concours de sosies
  2. On trouvera le même cas de figure dans le téléfilm Hitler: the Rise of Evil (Robert Duguay, 2003) où Robert Carlisle interprétera cet ignoble personnage avec, comme Austin Butler, beaucoup de brio.
  3. « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

 

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