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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott
Exodus: Gods and Kings (Ridley Scott, 2014)

Presque soixante ans après Cecil B. DeMille, Ridley Scott s’attaque au mythe de Moïse.

Mais si DeMille voulait louer la gloire de Dieu, il n’en va pas de même de cette version.

A aucun moment, il n’est fait références aux Ecritures, même si la trame reste la même.

Mais, d’une certaine façon, Scott développe ce que DeMille a pu laisser de côté, donnant une dimension semi-divine à Moïse, alors que là, Moïse est un homme comme les autres. Elu, c’est évident, mais toujours humain.

Je ne reviendrai pas sur la polémique soulevée par la distribution des rôles, je laisse ce soin à Internet de le faire (vous pouvez aller voir si vraiment ça vous intéresse).

 

Le film commence directement à la fin du règne de Séthi (John Turturro), aidé de son fils Ramsès (Joel Edgerton) et son neveu Moïse (Christian Bale). Comme avec Yul Brynner et Charlton Heston, la rivalité est présente, palpable.

Le rôle révélateur de Memnet est confié à Touya (Sigourney Weaver) l’épouse de Séthi, et celui de Dathan (Anton Alexander), l’autre personnage maléfique de la version 1956, n’a que très peu d‘importance.

Mais surtout, c’est le côté religieux – voire sulpicien – du film de DeMille qui a presque totalement disparu, et ce, malgré le titre. Car si les dieux ont un rôle à jouer, c’est surtout leur champion qu’on voit. Quant aux manifestations divines, elles prennent une dimension naturelle très prononcée, dont l’enchaînement est expliqué scientifiquement par un des conseillers de Ramsès. Mais évidemment, ces explications étant un peu trop avant-gardistes pour l’époque, le conseiller finit au bout d’une corde. Comme la prêtresse (Indira Varma) d’ailleurs, comme quoi la vérité semble être ailleurs.

 

Mais le grand changement de ce film, c’est justement le traitement de l’aspect divin. Alors que DeMille mettait en avant le côté religieux par des effets spéciaux quasi mystiques, Scott, lui, utilise ces mêmes effets (mais améliorés, bien sûr) pour accentuer la part naturelle des phénomènes qui perdent ainsi leur côté divin.
 

Et puis il y a Moïse.

Dans la version antérieure, c’était avant tout une figure patriarcale échappée de l’atelier de Michel-Ange, avec toute la solennité et la grandeur biblique.

Ici, c’est un homme. Il agit comme un homme, du début à la fin. C’est d’abord un guerrier qui n’abandonnera la lutte qu’avec le passage de la Mer Rouge : il combat les ennemis de l’Egypte, puis, évidemment, l’Egypte elle-même. Ce combat, d’ailleurs porte en lui une certaine actualité – malheureusement – car la façon de se battre contre Pharaon peut ressemble beaucoup à du terrorisme. Terrorisme du point de vue de Ramsès (même s’il n’y fait pas référence), combat libérateur pour Moïse et les siens. Tout n’est qu’une question de point de vue.

 

Quant aux éléments religieux, chers à DeMille, ils sont presque tous gommés. Les dialogues entre Dieu et Moïse, s’ils débutent du point de vue de ce dernier, se terminent du point de vue de Josué (Aaron Paul), devenant ainsi plus les soliloques d’un homme dérangé ou ivre que des paroles inspirés par le souffle divin…

Les dix Commandements, base des films de 1923 et 1956, deviennent anecdotiques, gravés* sur une table par Moïse lui-même, pendant que son peuple – en vue d’ensemble – fabrique le célèbre veau d’or, que l’on devine de par l’activité qui l’entoure.

Et le morceau de bravoure – l’ouverture de la Mer – s’il est spectaculaire, n’a rien de surnaturel. C’est juste une (énorme) marée descendante suivie d’un raz-de-marée phénoménal avec tsunami gigantesque. Le résultat est le même : les armées de Pharaon sont détruites.

 

Une dernière chose enfin : beaucoup ont reproché des anachronismes à ce film. C’est vrai, il y en a. Mais il existe aussi deux raisons pour balayer ces reproches :

  • L’existence de Moïse n’a toujours pas été prouvée, donc cette belle histoire reste une histoire et pas autre chose ;
  • Nous sommes au cinéma, et comme le dit Tex Avery : « tout est possible. »

 

 

* sous la dictée de Malak (Isaac Andrews), ange envoyé par Dieu pour guider Moïse. Il n’était pas question de représenter le Père Supérieur, sous peine d’être qualifié de blasphémateur et voir les recettes prévues fondre comme neige au soleil.

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