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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mélodrame, #Howard Hawks
L'Insoumise (Fazil - Howard Hawks, 1928)

Fazil (Charles Farrell) est un jeune cheik d’Arabie envoyé en ambassade à Venise. Il y fait la rencontre de la belle Fabienne (Greta Nissen) et pour lui qui n’était pas spécialement porté sur les femmes : c’est le coup de foudre. Ils se marient et s’installent à Paris.

Mais Fabienne est une jeune Française indépendante, ce qui ne convient pas beaucoup à son mari aux traditions orientales antagonistes.

Il la quitte.

Mais elle ne peut vivre sans lui et le rejoint chez lui, en Arabie.

 

Derrière cette intrigue somme toute classique se cache un film très particulier d’Howard Hawks, une romance orientale certes, mais avec une thématique qui hante le cinéma américain (1) depuis toujours : la différence culturelle. Ce que les gens de l’époque appelaient la différence de races.

En effet, oubliez ce que vous savez à propos de la race humaine : si physiologiquement il n’existe qu’une seule race, moralement les Américains en distinguent beaucoup (trop) mélangeant les concepts d’ethnie et de religion comme à peu près tout le monde à cette époque, comme vous le confirmera n’importe quel écrit à ce propos que vous pouvez consulter (2).

 

Alors que le film commence, on peut s’attendre à une resucée du Cheik, le décor et le physique du jeune premier (Farrell) nous le rappelant.

Mais très rapidement, on passe à autre chose et Fazil n’a rien d’un prince barbare et inculte : il est très attentionné et très raffiné(3). Et surtout, la rencontre se fait à Venise, ville d’amoureux s’il en est. Pour les reste, à aucun moment on ne peut parler de film d’aventures comme pour le film de Melford ou encore le suivant de Fitzmaurice. Si la séquence finale voit un petit peu d’action, l’ambiance générale reste celle d’un mélodrame où l’on voit un couple se déchirer et se retrouver du fait de ses différences culturelles.

 

Mais réduire ce film à cela est tout de même bien léger : Hawks nous montre qu’il sait réaliser, construisant un film magnifique grâce à un montage très bien rythmé (alternant les moments forts et faibles) de Ralph Dixon, ainsi que des prises de vue superbes signées par L. William O’Connell.

Certes, Hawks n’a pas encore atteint la plénitude de son art, mais il n’en est vraiment pas loin, servi par un duo de tête à la hauteur de son talent. Charles Farrell est un Fazil convaincant, interprétant ce prince musulman sans en faire un stéréotype (comme pouvait l’être Valentino), tout en lui prêtant les coutumes – essentiellement religieuses – de son personnage (la prière tient une place importante).

Et comme nous sommes chez Hawks, nous trouvons aussi cette pointe d’ironie qui baignera ses autres films, ici exprimée par le personnage de Jacques Dubreuze (Tyler Brooke) qui ne peut s’empêcher de se triturer une mèche latérale de cheveux au désespoir (habitué) de son épouse Helene (Mae Busch). [Et puisque je parle de Mae Busch, je préciserai qu’on trouve aussi dans la distribution Dale Fuller, affublée d’un grand nez, dans le rôle de la gardienne du harem. Ces deux actrices ayant participé quelques années plus tôt au Foolish Wives de Stroheim.]

 

Bref, Fazil est une (belle) curiosité dans la carrière d’Howard Hawks, son avant-dernier film muet, avant la            confirmation de son talent dans la décennie suivante.

 

  1. et pas seulement le cinéma, d’ailleurs…
  2. Le summum étant ce concept abject de « race juive » développé par un futur dictateur de la même époque dans un ouvrage dont je tairai le nom.
  3. Il lit même des livres occidentaux : est-ce une erreur d’inattention du réalisateur ou du scénariste ?
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