Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang
Furie (Fury - Fritz Lang, 1936)

Voilà plus d’un an que Joe Wilson (Spencer Tracy) n’a pas vu Katherine Grant (Sylvia Sidney), sa fiancée.

Alors ce jour des retrouvailles va être inoubliable.

Et comment : Joe est arrêté sur la route pas Bugs Myers (Walter Brennan) et rapidement emprisonné.

Son crime : être au mauvais endroit, au mauvais moment.

On l’accuse d’avoir kidnappé une jeune femme.

Mais si sa culpabilité n’est pas encore claire pour le shérif et son équipe, elle l’est – et comment ! – pour le reste de la ville.

Un groupe d’une vingtaine de personnes va rapidement exciter la foule, l’amenant à brûler la prison et son prisonnier.

 

Pour son premier film américain, Fritz Lang fait – encore une fois – un coup de maître. On retrouve dans ce film l’esprit américain du pays qui vient de l’accueillir avec le savoir-faire qui a forgé sa réputation pendant la quinzaine d’années précédentes.

On retrouve dans ce film des thèmes – et des façons de filmer – qui rappellent ces deux derniers films allemands : M le Maudit et Le Testament du Dr. Mabuse.

M le Maudit parce qu’on assiste à une chasse à l’homme qui cette fois-ci n’aboutit pas à une arrestation (1), mais à un lynchage.

Le lynchage fut cette particularité américaine qui fut en vogue surtout au XIXème siècle mais dont les manifestations perdurèrent au XXème. Encore aujourd’hui, on parle de lynchage dans des situations sinon de mort mais d’extrême violence envers quelqu’un.

 

Ici, nous voyons le procédé se développer jusqu’au point de non-retour. Mais avec une particularité originale : la victime du lynchage – Joe Wilson – se conduit de la même façon que ses lyncheurs : ces hommes ET femmes coupables d’avoir incendié la prison pour tuer son prisonniers se retrouvent à leur tour dans une situation où la mort – même si elle semble légale – est tout de même au bout du tunnel. Et la dernière partie du film insiste sur cette drôle de culpabilité qu’éprouve Joe envers des gens qui s’ils avaient l’intention de le tuer ne l’ont finalement (et miraculeusement, semble-t-il) pas fait. On retrouve alors un homme torturé par sa conscience, rappelant la fièvre qui étreignait de la même façon Hans Beckert (Peter Lorre), avec en prime un plan là encore devant une vitrine : Beckert était torturé par sa névrose alors que Wilson l’est par sa conscience, mais leur état d’esprit est le même.

Cette conscience qui taraude l’esprit se retrouve aussi dans les apparitions du Dr. Mabuse, apparitions qui ne font qu’altérer celui qui en souffre. Ici, c’est au tour de Joe Wilson d’en souffrir.

 

La force du film tient en deux choses. La première, c’est comment on arrive à ce lynchage. Comment des gens qui semblent civilisés se laissent aller à la rumeur et aux bas instincts.

On retrouve dans la mise en place de cet effroyable épisode le savoir-faire allemand : on retrouve cette même rumeur qui atteint le portier dans Le dernier des Hommes. Et Fritz Lang, si le sujet n’était pas aussi grave, s’en amuserait. On voit comment une remarque – pas anodine, par contre – de l’adjoint Myers se répand et se transforme, bien sûr, et amène cette foule en courroux prête à tout pour venger un crime. Cette rumeur se répand de la même façon que toutes les autres : « je ne peux pas en dire plus » déclarent toujours ceux qui en ont déjà trop dit.

On retrouve alors la frénésie qui habite le cinéma de Lang dans ce développement. C’est cette même frénésie qui amène les débordements de Metropolis ou la panique boursière dans Dr. Mabuse le Joueur.

 

Mais si Mabuse ou Beckert sont des gens qui œuvrent à couvert, ici, les leaders le font à visage découvert : on retrouve entre autres Kirby Dawson (Bruce Cabot, passé du « côté obscur », depuis King Kong) et un homme qui ne se cache pas d’être un agitateur de foule « professionnel ». Du beau monde, quoi !

 

La deuxième partie voit le procès des émeutiers, avec à un moment la prise de conscience par Katherine que Joe n’est pas mort.

On retrouve les mêmes éléments des films de procès, mais avec, pour le spectateur un scrupule que n’a pas tout de suite Joe : ces gens sont de véritables salauds – et les images parlent d’elles-mêmes, malgré la solidarité malsaine qui règne dans la ville – mais le mort ne l’est pas. On ne peut donc pas totalement s’identifier à Joe Wilson.

 

Il n’en sera pas de même avec Gil Carter (Henry Fonda) quand William Wellman abordera à son tour le lynchage. Dans The Ox-bow Incident, les lyncheurs n’auront aucune circonstance atténuante : les hommes pris seront injustement (2) pendus.

 

 

  1. Encore que les truands qui avaient appréhendé Hans Beckert avaient tout de même l’intention de le tuer, mais après un procès plus ou moins dans les formes…
  2. Est-ce justice que de prendre une vie contre une autre vie, même dans le cadre d’une mise à mort « légale » ? C’est une des interrogations qui ressort toujours dans ce genre de films judiciaires.
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog