Rencontres au sommet.
Rencontre entre un inspecteur de police et un notable.
Rencontre entre deux immenses acteurs.
Rencontre avec Romy.
Nous sommes le 31 décembre, et pendant que le commissaire divisionnaire (Jean-Claude Penchenat) reçoit le gratin de Cherbourg, l’inspecteur Gallien (Lino Ventura) reçoit pour sa part maître Martinaud (Michel Serrault) en compagnie de son adjoint Belmont (Guy Marchand).
A première vue pour préciser son témoignage à propos de la découverte sans vie du corps d’une petite fille de huit ans, étranglée et violée par un tueur en série.
Mais les réponses de Martinaud, trop évasives vont lui valoir une prolongation de son interrogatoire : il est placé en garde à vue.
La garde à vue est un vestige d’une pratique médiévale aux résultats redoutables : l’Inquisition, celle qu’on appelle aussi « sainte ». Et pourtant, de sainte, elle n’en a que le nom, au vu des crimes commis en son nom.
Certes, la question n’a plus la même force qu’autrefois, la torture physique ayant été officiellement bannie des commissariats, mais comme le démontre Belmont, certaines pratiques ont la vie dure.
Et Martinaud a droit à sa période de tabassage en règle, derrière un écran bienvenu, cela va de soi.
Et si la violence est (à peu près ?) sortie des établissements de police, la torture morale y est restée qui, ajoutée au confinement réglementaire, pousse même les plus innocents à avouer. Avouer quoi ? N’importe quoi, plutôt que tout se termine.
Et encore, le film se passant en 1981 (environ), les conditions étaient moins souples que maintenant.
Mais revenons à nos moutons.
D’un côté, nous avons un fonctionnaire qui fait son travail, même si sa pratique n’est pas des plus glorieuses. De l’autre, nous avons un homme établi, à la richesse avérée et qui a pour objectif de sauver sa peau, la peine de mort ayant été abolie peu de temps après la sortie du film (1).
Mais cet affrontement, c’est avant tout une forme de lutte de classes : Martinaud, du fait des fortes présomptions qui pèsent sur lui n’est plus « maître », il est un suspect comme les autres, voire presque condamné.
Mais il se défend, avec ce qu’il connaît le mieux : le langage. Il parle – c’est ce qu’on attend de lui avant tout – mais sans se livrer, répondant à cet inspecteur qui remet sans cesse les mêmes éléments sur la table (2).
C’est une lutte sans merci où le plus fort gagnera, le temps étant le facteur décisif –
Bien sûr, de cet affrontement, c’est Michel Serrault qui sort le grand vainqueur : Serrault avait l’immense talent de pouvoir faire rire et émouvoir. Ici, il réussit les deux, ayant de belles sorties – il faut que les dialogues sont d’Audiard, e qui aide un peu – mais surtout un jeu d’une grande sobriété qui tranche avec les rôles qu’on lui connaissait, celui de Zaza (
Dernière rencontre, dernier affrontement, et pas des moindres : Romy.
Romy Schneider était une actrice magnifique, aucun doute là-dessus. Ici, encore une fois, elle est superbe, interprétant la femme de Martinaud, ce notable pas si respectable que ça.
Il s’agit malheureusement de son avant-dernier film, et on peut s’émouvoir de la prémonition de son rôle.
Quoi qu’il en soit, c’est une femme désespérée qui rencontre Gallien, prête à tout pour ne plus rencontrer son mari.
Et Ventura dans tout ça ?
Comme d’habitude, il est impeccable. Mais surtout, son jeu subtil et sobre laisse la place aux deux autres interprètes pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
Et si son nom est le premier au générique, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas Gallien le centre d’intérêt. Mais c'est aussi à cela qu’on reconnaît un grand acteur : il sait s’effacer pour laisser la place aux autres, ce que fait Ventura avec beaucoup de talent.
Bref, un grand huis clos, servi par des interprètes de haut niveau.
Incontournable.
- Quinze jours : le film est sorti le 23 septembre et la loi fut promulguée le 8 octobre.
- Le roman dont est adapté le film s’intitule A Table ! (Brainwash - John Wainwright, 1979).
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