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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #G.W. Pabst
Les Mystères d'une âme (Geheimnisse einer Seele - G.W. Pabst, 1926)

Les Fellman forment un couple moderne, vivant dans une grande maison berlinoise. Lui – Martin (Werner Krauss) – est chercheur en laboratoire pendant qu’elle (Ruth Weyher) est femme au foyer. Un jour, alors qu’il rase quelques cheveux rebelles sur la nuque de madame, un cri retentit dehors : un meurtre a eu lieu dans la maison d’en face. La surprise fait sursauter Martin qui entaille superficiellement le cou de sa femme.

Alors que la journée se passe normalement, la nuit est pour lui sujette à un terrible cauchemar. Le lendemain, Martin ne peut plus tenir une lame dans sa main, quelle qu’elle soit.

Il va alors entreprendre une psychanalyse auprès du docteur Orth (Polycarpe Pavloff).

 

Si Freud a plusieurs fois refusé de s’associer au projet de Pabst, ce dernier s’est tout de même appuyé sur les avis de deux psychanalystes pour réaliser cette histoire – édifiante, cela va sans dire – d’un homme qui développe une névrose. Si ce film est une bonne illustration de ce que peut être une analyse, on ne peut réduire la psychanalyse à ce film. C’est surtout pour cela que le grand Sigmund n’a pas voulu cautionner cette œuvre.

Mais malgré l’interprétation impeccable du grand Werner Krauss, le film n’arrive pas à sortir de la démonstration, voire de la leçon dispensée aux spectateurs.

 

Et pourtant, Pabst maîtrise complètement ce film, d’un point de vue cinématographique, utilisant un large éventail de techniques, surtout pendant la séquence – magnifique – du rêve de Martin : surimpressions, les anamorphoses, apparitions… C’est un très grand moment du film, peut-être le seul. Peut-être parce qu’il y a aussi les illustrations de l’analyse qui présentent un intérêt substantiel. On assiste alors à une variation de la narration antérieure faisant varier le point de vue et surtout gommant le décor : nous revoyons les éléments antérieurs (début du film) tels que Martin a pu les ressentir. Et ce point de vue subjectif illustre magnifiquement le processus de la mémoire : en ne conservant que ce qu’il juge important et en effaçant les décors, Pabst met en évidence le processus de la « mémoire sélective ».

Et les différentes prises de vue des trois caméramans (1) sont primordiales dans le traitement de ces deux éléments. Outre les éléments cités ci-dessus, on assiste à un soin très particulier du gros plan dans les différentes phases du film. Et d’autant plus que les décors deviennent accessoires voire inexistants : les visages ressortent avec plus de force, illustrant les sentiments confus de Martin.

 

Mais on ne fait pas un bon film avec seulement de bonnes intentions. Et Pabst, en réalisant ce film qui met en valeur la psychanalyse en oublie un peu l’aspect cinématographique et surtout visuel au profit du propos des scénaristes (2). On perd rapidement l’atmosphère du rêve même pendant les recréations des séances.

On pourra préférer le traitement effectué par Alfred Hitchcock de cette même branche médicale dans son formidable Spellbound.

Mais ceci est une autre histoire…

 

PS : la séquence du rêve, d’une certaine façon, préfigure le film de Buñuel et Dali Un Chien andalou. Il me paraît évident que les deux artistes espagnols ont vu ce film et ont bien aimé cet élément ô combien surréaliste.

 

  1. Robert Lach, Curt Oertel & Guido Seeber
  2. Deux psychanalystes sur les quatre qui ont écrit le scénario, dont Karl Abraham (3), excusez du peu.
  3. Fondateur de l’Institut psychanalytique de Berlin et proche de Freud (4).
  4. Ca fait quand même beaucoup de notes de bas de page.
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