Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #William Dieterle
Chaînes (Geschlecht in Fesseln (William Dieterle, 1928)

Après la crise de 1923 qui a fait des ravages dans la République de Weimar, le moral n’est pas toujours au beau fixe chez les Allemands. C’est le cas des Sommer, couple berlinois qui a du mal à joindre les deux bouts. Franz (William Dieterle) obtient au final une place de VRP et s’en va vendre divers article au petit bonheur la chance. Son épouse Helene (Mary Johnson) accepte de vendre des cigarettes dans un night club fréquenté par les riches. Un soir que Franz la visite dans l’établissement, elle est embêtée par un bourgeois un tantinet insistant. Franz s’énerve et frappe le type qui s’effondre la tête sur les marches.

Franz est arrêté et en attente de jugement. Il reste un espoir : que l’homme guérisse. Mais comme nous sommes dans le cinéma allemand de l’entre-deux-guerres, il meurt et Franz est condamné à 3 ans de prison.

 

Il s’agit seulement du quatrième film de William Dieterle et on peut déjà y admirer le soin esthétique qui prédominera dans toute sa carrière. Il faut dire qu’il a été » à bonne école, ayant tourné pour quelques réalisateurs incontournables tels F.W. Murnau ou encore Paul Leni.

Mais ce qui domine avant tout dans ce film, c’est la noirceur. Certes, nous sommes dans la période faste du cinéma allemand où la tragédie est dominante, mais ici, ça en devient presque désespérant.

Mais alors c’est fait de telle façon, qu’on en redemande.

 

La caméra de Robert Lach (qui a commencé avec Pabst, excusez du peu) est très mobile, passant d’un personnage à l’autre, avançant ou reculant selon les circonstances, et surtout cadrant de très beaux gros plans, spécialement sur le visage de la très belle Mary Johnson, ou le regard désespéré de William Dieterle.

A cela s’ajoute des surimpressions diverses : rêves, fantasmes de prison (Franz imagine sa femme nue), ou retour sur le passé… C’est un festival de « prouesses » techniques (1) en totale adéquation avec l’intrigue.

 

Cette intrigue, d’ailleurs n’est pas spécialement originale. Bien sûr, l’absence de l’homme pèse sur la vie de la femme qui va se consoler plus ou moins consciemment (au début en tout cas) dans les bras de celui qui était là pour la soutenir quand son mari a plongé.

Mais ce que Dieterle rend vraiment très bien, c’est ce désespoir annoncé. La femme qui a succombé veut l’annoncer à son mari emprisonné, certaine qu’il comprendra. Mais le visage désespéré de cet homme frappé par le malheur l’en empêche.

Pourtant, la révélation viendra, bêtement, sur un malentendu, comme toujours dans ces cas-là.

 

Cette révélation achèvera de noyer le (tout petit) reste d’espoir, amenant une conclusion hautement tragique (double suicide par le gaz) où même le focus de la caméra accentuera cette mort : la mise au point devient plus approximative, comme si le gaz enserrait les deux victimes…

Terrible.

 

  1. Oui, le terme est un peu fort : n’oublions pas que le film sort en 1928 et que la technique est maîtrisée un peu partout dans le monde (cinématographique).
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog