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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Dessin animé, #Cartoon, #TexAvery
Golddiggers of '49 (Tex avery, 1935)

Beans est un jeune homme comme il faut. C'est une espèce de souris noire qui prospecte : il recherche de l'or. Il est amoureux d'une jeune fille dont le père (un énorme cochon) ne pense qu'à une chose : manger d'énormes sandwiches. A force de creuser au milieu de la montagne (littéralement parlant), il trouve de l'or : normal, nous sommes en juillet 1849, date de l'immense ruée vers l'or de Californie.

Mais si tout le monde se rue vers les terrains aurifères, certains attendent : c'est le cas d'un outlaw qui profite du fait que l'énorme cochon creuse, pour lui voler son sac renfermant son trésor.

S'ensuit une course poursuite afin que Beans récupère le sac de trésor afin de pouvoir épouser celle qu'il aime.

 

Nous sommes en 1935. Tex Avery, récemment embauché par Warner Bros, débarque avec une conception totalement différente des dessins animés standards : à cette époque, Disney est omniprésent voire universel puisque ses cartoons (Silly Symphonies...) se distribuent dans (presque) le monde entier, surtout grâce à son personnage fétiche : Mortimer la souris, devenu Mickey.

Mais Tex Avery (qui s'appelle encore Fred) casse la vision presque idyllique de Disney en créant un style plus terre à terre avec une cible plus affirmée que Disney : les adultes. Ce qui va toujours différencier Disney d'Avery, c'est cette cible. Alors que Disney est plus universel et s'adresse aux enfant comme aux parents, Avery prend le parti des adultes et ne va proposer que des films en direction de cette cible.

Evidemment, ce premier film signé n'est pas un coup de maître. On ne change pas une vision de cartoon d'un seul coup (quoi que...). Mais ici, Avery s'adresse à un public mûr et ne se gêne pas.

Autre fait important chez Avery, son surnom : Tex, qui signifie qu'il vient du Texas. Le Texas, s'il n'a pas rejoint la Confédération reste un état profondément sudiste. Alors certains détails vont montrer cet ancrage méridien. Ici, c'est un couple d'Asiatiques (l'un véhiculant l'autre dans un pousse-pousse) rattrapé par un nuage de poussière : les deux personnages se retrouves métamorphosés en deux Noirs avec la voix qui va avec. Il est clair qu'actuellement, ce gag - raciste - a été censuré.

Je ne voudrais pas me faire l'avocat du diable, mais il faut savoir que ce genre de gag - fréquent chez Avery - n'a pas la connotation actuelle. Tout comme on appelait un Noir un nègre, sans que cela choque qui que ce soit (en latin : niger = noir). Il suffit de relire L'Alligator de Robert Desnos (auteur qu'on peut difficilement traiter de raciste) pour s'en convaincre.

Toujours est-il que Tex Avery sera régulièrement censuré ces derniers temps au nom du « politiquement correct ». Certes, ses piques contre les Noirs peuvent être mal prises. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas censurer les écrivains de la même qui utilisent le mot « nigger » (en anglais) ou nègre (en français).

Je continue à penser qu'il ne faut pas mélanger la vie d'un auteur et son œuvre. Et puis n'oublions pas que ce n'est que du cinéma. Avery et son équipe n'ont pas cherché à nuire à une minorité : ce n'était le cas aux Etats-Unis en 1935 (ce qui est différent en Europe à la même époque). Et il faut laisser le choix au spectateur de se faire sa propre idée quant aux « attaques racistes ».

En nous proposant cette scène, Avery ouvre un débat qui n'est pas (et ne sera jamais) fermé : peut-on rire de tout ?


Quoi qu'il en soit, en dépit de cette polémique, Avery crée un nouveau personnage qui va rapidement renvoyer Beans aux oubliettes de l'histoire du dessin animé : C'est un cochon encore trop gros, trop adulte, mais il va bientôt gagner en épaisseur (en avait-il besoin ?) et devenir l'un des piliers de la Warner Bros : Porky Pig.

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