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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gus Van Sant, #Biopic
Harvey Milk (Gus Van Sant, 2008)

C’est un homme, dans sa cuisine, qui s’enregistre parler. Il se présente et explique cet enregistrement : s’il était tué, il veut que ce qu’il a à dire soit tout de même entendu.

Et que raconte-t-il ? La naissance d’un mouvement pour l’égalité des droits ces homosexuels.

La séquence suivante nous annonce que cet homme et Georges Moscone (Victor Garber) le maire de San Francisco ont été tués.

Il s’appelait Harvey Milk (Sean Penn).

 

Harvey Milk (1930-1978) n’est pas bien connu de tous. Pourtant, dans les années 1970s, il a mené un combat extraordinaire pour l’égalité des droits des homosexuels à San Francisco, et par ricochet dans le reste de l’Amérique. Il est même devenu le premier homosexuel (affiché) à être élu à un poste important.

Pourtant, ce n’était pas gagné : les homosexuels ont été brimés, humiliés voire tués dans quasiment toutes les régions du monde. Et malheureusement, cet acharnement meurtrier ne s’est pas arrêté avec la mort de Milk.

 

Ca commence presque toujours comme ça : une rencontre. C’est une rencontre qui amène un changement, lui-même en amenant un plus grand, un plus beau.

Et ici, c’est un soir – 21 mai 1970 – en rentrant du travail que Harvey rencontre Scott Smith (James Franco),  qu’ils vont s’aimer, et qu’ensemble ils vont quitter New York pour habiter San Francisco : havre de paix et de liberté qui comprend entre autres Haight-Ashbury, berceau du fameux Summer of Love de l’été 1967.

C’est dans Castro, le quartier gay, qu’ils ouvrent une boutique de photographie. Mais si les gays sont nombreux, les rapports avec la police ne sont pas amicaux, cette dernière s’acharnant trop souvent sur cette communauté.

 

La séquence générique nous montre une descente de police dans un bar-restaurant, brutalisant et arrêtant les clients, homosexuels cela va de soi.

L’arrivée de Harvey, qui assume enfin pleinement son homosexualité va transformer la vie de ce quartier, prenant fait et cause pour les homos ainsi que pour la grande masse des laissés-pour-compte. Après plusieurs échecs, il devient même conseiller pour la ville, pouvant alors véritablement s’engager pour tous ceux qu’il représente.

 

Gus van Sant a mis longtemps avant de pouvoir faire ce film auquel il tenait beaucoup. IL y a deux temps dans son intrigue : le temps de la narration, qui voit revenir plusieurs fois Harvey dans sa cuisine, et le temps linéaire qui se déroule, de la rencontre entre Harvey et Scott, jusqu’à la marche blanche après le double assassinat (1).

C’est un film magnifique, comme le cinéma américain sait nous en proposer : il y a la grandeur des petits et l’émotion des luttes gagnées à force de courage. Bref, c’est un grand moment d’histoire que nous regardons avec un grand plaisir, et une certaine émotion (voire une émotion certaine !).

Bien sûr, Sean Penn est magnifique, mais comme toujours dans ces cas-là, les autres qui lui donnent la répliques sont aussi d’un très haut niveau, dont James Franco toujours impeccable.

 

Gus van Zant nous brosse un portrait très complet de cet homme atypique sur bien des points, dans une société qui a du mal à accepter la différence, et ce malgré la campagne des Droits Civiques des années 1960s.

Non seulement on partage les défaites, puis la victoire de Harvey, mais on a aussi son parcours sentimental, amoureux même, avec Scott puis avec Jack Lira (Diego Luna).  Ce sont des moments de pause surtout, sauf quand Harvey rentre tard une fois de trop. Le dernier rapport amoureux qu’il a se fait au téléphone, alors que le soleil se lève. Ce sera le dernier, et on sent que la mort arriver alors que c’est habituellement la nuit qui est meurtrière.

Mais on peut aussi voir ça comme sa dernière aube, puisque les condamnés à mort sont exécutés aux premières heures : depuis le début du film, nous savons qu’il en sera ainsi. Et cet adieu qui n’en est pas vraiment un, est absolument magnifique et très émouvant.

 

Dix ans après le film, et bientôt quarante ans après la mort de Harvey, on peut se demander si les mentalités ont tant évolué que ça, quand on voit ce qui se passe dans le monde : nombre de pays refusent de considérer les homosexuels comme des êtres humains, et certains les condamnent même à mort.

Cela peut sembler étrange aux plus jeunes de voir cette campagne inique qui fut menée par Anita Bryant – une chanteuse très réactionnaire qui a vu sa carrière s’arrêter rapidement après ces événements – et le sénateur Briggs (Denis O’Hare), qui a bien failli réussir à faire passer la fameuse proposition 6 : celle qui interdisait aux homosexuels d’enseigner.

Mais le film reflète très bien les mentalités et les attitudes des Américains (et pas seulement eux !) envers la communauté homosexuelle.

Et encore une fois, San Francisco fut le théâtre d’un grand mouvement social voire sociétal et qui a essaimé dans le monde, avec plus ou moins de réussite, pour une reconnaissance des homosexuels.

 

Pas besoin d’aller bien loin, d’ailleurs, quand on voit en France les arguments fallacieux et rétrogrades des manifestants anti-PMA (ou AMP : Assistance Médicale à la Procréation). Qui sont aussi anti-GPA (Grossesse Pour Autrui), et anti IVG : ce sont les mêmes.

Hélas.

 

 

(1) Dan White (Josh Brolin, avec son regard ténébreux), le meurtrier n’a pas été condamné pour assassinat, malgré ce que montre le film, et qui retranscrit bien la préméditation.

 

 

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