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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Cimino
La Porte du Paradis (Heaven's Gate - Michael Cimino, 1980)

 

Deux ans après The deer Hunter, Michael Cimino s’attaque à l’une des bases du cinéma américain : le western.

Et là encore, le film est sans concession. Tellement qu’il sera boudé par le public et éreinté par la critique.

Et pourtant…

 

Tout commence en fanfare – qui joue The battle Hymn of the Republic – le jour de clôture de l’année universitaire 1870 à Harvard. Parmi les diplômés, James « Jim » Averill (Kris Kristofferson) et William « Billy » Irvine (John Hurt).

Puis nous sautons dans le temps et nous retrouvons dans le Wyoming, à Sweetwater où Averill est marshal, et Irvine l’un des membres de l’association des éleveurs qui veut se débarrasser des immigrants de l’Est qui ne cessent d’arriver dans leur région.

 

 

La Porte du Paradis, c’est avant tout un lieu de loisir où les immigrants aiment à se retrouver pour danser et faire du patin à roulette, voire les deux en même temps. Mais c’est aussi là que se rassemblent ces mêmes gens pour organiser la résistance face aux éleveurs qui ont décidé de la mort de 125 d’entre eux avec la bénédiction du gouverneur de l’état et même du Président Benjamin Harrison.

Bref, nous sommes ici avec un film qui fait polémique : loin de la vieille tradition qui montrait les cow-boys tuer les Indiens, on est ici dans un cas de massacre entre blancs, ce qui n’a pas beaucoup fait pour assurer le succès de cette œuvre.

Et pourtant…

 

Cimino prend son temps pour arriver au massacre, et surtout, il ne donne pas la possibilité au public de choisir un camp bien clairement. Si les éleveurs sont menés par Frank Canton (Sam Waterston), on trouve tout de même parmi eux Irvine qui est un vieil ami de Jim Averill, qu’on peut identifier comme le bon de l’histoire.

Et si les immigrants sont les premiers touchés par cette opération meurtrière, leur riposte n’est pas des plus sportives puisque ces mêmes éleveurs ont exterminés à coup de dynamite !

Bref, on est dans un usage de la force qui n’a plus rien de raisonné et encore moins raisonnable : c’est une violence brute qui guide les différents camps dans ce massacre.

Et quand la cavalerie intervient – enfin ! – pour arrêter les hostilités, il ne reste plus grand monde debout.

 

Cette anecdote meurtrière est aussi un rappel au public de ce qu’était réellement l’Ouest américain à une période où la civilisation semblait l’avoir emporté sur l’ère des pistoleros.

Le début du film fait d’ailleurs penser à John Ford, avec ce microcosme qui se retrouve pour fêter l’anniversaire Ella – Isabelle Huppert – la tenancière du bordel de Sweetwater : en effet, son activité professionnelle n’est pas un frein aux réjouissances, bien au contraire.

Par contre, dès que les intérêts particuliers entrent dans la danse (1), le ton change brusquement et surtout l’Etat et ses représentants ne se comportent pas comme on aurait pu l’espérer.

En effet, l’Etat, garant de la Constitution devrait être du côté des opprimés – les Immigrants qui n’ont pour toute richesse que leur dignité et quelques vêtements – et non pas encourager leur élimination.

Encore une fois cet aspect peu glorieux n’a pas favorisé l’exploitation du film qui fut retiré des salles au bout d’une semaine.

 

Peut-on voir dans le rejet du public une influence politique ?

En effet, à la même époque (deux semaines avant la sortie) Reagan est élu à la présidence. Et d’une certaine façon, les éleveurs décrits dans le film ressemblent beaucoup à ces patrons-voyous eurent la belle vie pendant les deux mandats de l’ex-acteur.

Je ne dis pas que Cimino critique cet aspect déplorable de l’économie de marché. Mais on peut tout de même trouver quelques similitudes entre cette caste issue de Harvard (Averill, Irvine) qui dirige les affaires du pays au moment des faits décrits par le film et ces hommes d’affaire de l’ère Reagan qui ont prospéré alors que dans le même temps les petits s’enfonçaient inexorablement dans la pauvreté.

 

Par contre, ce qui fait la grandeur du film, outre le talent évident de Cimino (2), c’est son actualité. En effet, les Immigrants de l’intrigue ne sont pas sans rappeler ceux qui ont continué d’affluer dans cette terre d’opportunité, ni ceux qui font l’actualité depuis quelques années : déjà, ces femmes et ces hommes sont pourchassés pour leurs différence géographique autant que langagière ou culturelle.

Et avec ce film, Cimino montre aussi que ce grand pays n’est pas toujours celui qu’on croit et surtout qui est écrit sur la statue de la Liberté :

 

« Garde, Vieux Monde, tes fastes d'un autre âge, crie-t-elle
Donne-moi tes pauvres, tes exténués, 
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres, 
Le rebut de tes rivages surpeuplés, 
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m'apporte
J'élève ma lumière et j'éclaire la porte d'or ! » (3)

 

Un western flamboyant, réaliste et surtout indispensable dans l’évolution de ce genre qui reste – pour moi – le pilier du cinéma américain, et l’un des médias les plus importants concernant l’histoire de ce pays, en particulier la deuxième moitié du 19ème siècle qui vit la République s’installer durablement et le passage d’un état sauvage à une société civilisée.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?
  2. N’en déplaise aux critiques de l’époque !
  3. « Keep, ancient lands, your storied pomp!” cries she
    Give me your tired, your poor,
    Your huddled masses yearning to breathe free,
    The wretched refuse of your teeming shore.
    Send these, the homeless, tempest-tost, to me,
    I lift my lamp beside the golden door !
     »

 

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