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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William S. Hart, #Charles Swickard, #Muet
Le Justicier (Hell's Hinges - Charles Swickard & William S. Hart, 1916)

Pendant que la guerre fait rage en Europe, la production hollywoodienne continue, installant pour longtemps sa suprématie sur le monde.

Voici un western – encore un – plutôt édifiant, où le rôle de la religion est, pour une fois central. Bien sûr, il y est question de rédemption, mais c’est tout de même un western à part dans la production foisonnante américaine.

 

Le jeune pasteur Rober Henley (Jack Standing) n’a pas encore de paroisse et pour cause : il manque cruellement de caractère. Mais soutenu par sa sœur qui a une confiance aveugle dans ses capacités, il se retrouve nommé en pleine campagne, là où les paroissiens sont réputés plus doux.

Mais en guise de campagne, c’est l’Ouest (sauvage, bien sûr) qui est sa destination, dans la petite ville de Placer Center (« Centre des Alluvions ») que les autochtones ont tendance à surnommer « Hell’s Hinges » (« Les Charnières de l’Enfer »), d’où le titre original.

Cette petite ville est dominée par deux personnalités fortes : Silk Miller (Alfred Hollingsworth) et « Blaze » Tracy (William S. Hart). Chacun a sa spécialité : Miller dirige le saloon tandis que Blaze est une très fine gâchette, tirant au pistolet d’abord et posant les questions ensuite.

Alors quand le pasteur débarque dans ce lieu sans foi ni loi (littéralement), on peut s’attendre à une recrudescence de la violence.

Ce sera le cas, mais pas comme on pouvait le craindre.

 

Bien sûr, William S. Hart est ce justicier du titre français, touché par la grâce et en quête d’une rédemption qui viendra à lui, mais de manière fort brutale.

D’une manière générale, d’ailleurs, le film est d’une violence assez crue, les morts s’accumulant progressivement. La première vision que nous avons de Hell’s Hinges, d’ailleurs, est un échange de coups de feu avec un premier mort, qui amène une nouvelle fusillade, (etc.)…

Et l’attente du pasteur par deux comités de réception est dans la plus pure tradition de l’Ouest.

D’un côté les fidèles – the petticoat Brigade (« la brigade enjuponnée ») – qui attend avec fébrilité le retour dans Dieu dans cet enfer ; de l’autre les cowboys goguenards qui en sont pas sans rappeler ceux qui s’occupaient des pieds-tendres à leur arrivée (1). Nous avons même droit à une séance de tir au revolver où Blaze montre son habileté en tirant à plusieurs reprises sur une boîte sur laquelle est dessiné un pasteur.

Mais, et sinon le film se terminerait là, la sœur du pasteur tape dans l’œil de Blaze qui va changer du tout au tout et protéger ces nouveaux-venus, commençant alors sa quête de salut.

 

Mais comme nous sommes dans l’ouest et que le surnom de la ville n’est pas usurpé, nous assisterons à des exactions instiguées par l’ignoble Silk Miller qui n’amèneront rien moins que le chaos, avec explication finale aux pistolets et autres carabines.

Mais revenons sur Miller. Il est estampillé grand méchant de l’intrigue et porte très bien cette appellation.

Par contre, on ne peut ignorer la xénophobie sous-jacente dirigée contre ce personnage : Miller est présenté comme un le croisement d’un Mexicain à la « ruse huileuse » (i.e. qui glisse entre les doigts) et d’un crotale. Bref, une personne vraiment peu recommandable, dans laquelle on sous-entend un métissage forcément maléfique (2).

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un western plutôt plaisant, même si on se demande bien pourquoi on a utilisé le terme « justicier » pour le titre : si faire justice, c’est ça, il n’y a pas de quoi être bien fier.

Certes, Blaze a les allures du justicier comme l’imagerie populaire a pu le montrer, mais seulement les allures : ses pratiques ne sont pas spécialement placées sous l’égide du Droit (voir plus haut), et quand on voit le résultat final, on a de quoi être franchement dubitatif.

Mais qu’attendre d’un endroit qui s’appelle Hell’s Hinges ?

 

PS : c’est une copie de très bonne facture qui est disponible actuellement, avec accompagnement au piano et les teintes originales conservées (intérieur, nuit…), avec en prime quand c’était possible (la plupart du temps) des intertitres originaux illustrés de très belle facture.

 

  1. Voir à ce sujet le magnifique album de Morris et Goscinny : Le Pied-Tendre (Dargaud, 1968).
  2. Revoir, à ce sujet The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année.
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