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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stephen Frears, #Comédie
Héros malgré lui (Hero - Stephen Frears, 1992)

Bernie LaPlante (Dustin Hoffman) est un minable escroc, pickpocket occasionnel et surtout receleur. Il a un fils – Joey (James Madio) – dont il n’est pas sûr de l’âge et une ex-femme (Joan Cusack) que son baratin exaspère.

Un raté, quoi.

Et puis un soir, un avion s’écrase juste devant lui. Un peu forcé par l’événement, il va aider tous les passagers à sortir avant l’explosion de l’appareil. Parmi eux se trouve Gale Galey (Geena Davis), qui va rechercher ce bienfaiteur anonyme dont on a retrouvé une chaussure.

John Babber (Andy Garcia), à qui LaPlante avait donné la chaussure restante, répond à l’appel de la journaliste : il va alors prendre la place de Bernie mais aussi le million de dollars qui va avec, pendant que ce dernier purge une peine de prison…

 

Il y a une constante chez Stephen Frears, c’est de traiter de sujet de société d’une façon plutôt grave. Mais ici, sans pour autant abandonner ce genre, il en fait une comédie grinçante, soutenu par Dustin Hoffman toujours aussi formidable, avec aussi Davis et Garcia, jouets d’un destin bien sûr capricieux, mais surtout embarqués dans une aventure qu’ils ne maîtrisent pas, depuis que Bernie, pour une fois, s’est porté au secours de gens qu’il ne connaissait pas.

Parce que c’est ce revirement qui amène cette intrigue de faux-semblants, où LaPlante se retrouve d’une certaine façon piégé par son attitude égoïste, ne voulant pas ajouter à sa situation compliquée de nouveaux éléments qui pourraient le desservir dans son parcours judiciaire.

 

Mais au-delà de cette intrigue, c’est à Frank Capra que nous pensons et plus particulièrement à Meet John Doe, mais dans une sorte de négatif du film de 1941. En effet, Ann Mitchell (Barbara Stanwick) crée un personnage sans-abri qui prend vie à l’apparition de Long John Willoughby (Gary Cooper). Mais Ici, Gale Galey part d’un personnage réel et a tendance à broder autour de sa vie. Et à chaque fois ce personnage est une espèce de SDF, accompagné par Le Colonel (Walter Brennan) en 1941 et LaPlante en 1992, le côté escroc en moins pour le Colonel. Et l’avant-dernière séquence où Bubber veut sauter du haut d’un immeuble rappelle la même séquence chez Capra, en haut du gratte-ciel d’où doit sauter Willoughby.

Mais alors qu’Ann Mitchell utilisait Willoughby pour faire passer des idées nobles, ici Gale Galey ne recherche qu’une chose : faire de l’audience.

 

Mais derrière cette comédie se cache une critique des médias où les journalistes ont parfois tendance à créer eux-mêmes l’information, s’asseyant parfois sur la déontologie : le personnage de Chucky (Kevin J. O’Connor) symbolisant tout ce que le journalisme sensationnel a de laid, ne filmant que pour créer le buzz comme on dit de nos jour. A ses côtés, Gale réussit à tempérer cette frénésie de l’image, et son intervention à la remise des prix des journalistes au début du film résume à elle seule ce que semble penser Frears et son scénariste (David Web Peoples).

 

Et si le propos autour du journalisme est bien là, on apprécie à sa juste mesure le jeu un tantinet épuré de Dustin Hoffman : Bernie est un minable certes, mais il n’en est pas moins attachant, comme le ressent son ex-femme, dans cette même avant-dernière séquence. Et Hoffman n’a pas besoin de forcer son talent pour le rendre crédible. Andy Garcia sort aussi momentanément des rôles de truands, montrant qu’il peut aussi jouer un homme (presque) honnête, et son association avec Hoffman fait mouche.
Quant à Geena Davis, c’est toujours pareil : elle est fabuleuse.

 

Une comédie donc, mais avec pour toile de fond un système où l’information est triturée et remaniée, arrangeant la vérité en fonction de ce que veulent voir et entendre les gens.

A (re)voir.

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