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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #F.W. Murnau, #Karl Freund

Avec Murnau, on ne peut pas être déçu. Là encore, on ne s'ennuie pas. Pourtant, c'est une histoire ancienne, celle de ce faux dévot. Mais Murnau l'actualise, et la fait sienne. Il y avait la pièce de Molière (1664), et puis ensuite le film de Murnau. Et les autres ? Ils n'ont pas d'importance.

Quand Molière, en alexandrins, dénonce l'hypocrisie, Murnau utilise son arme : le cinéma. L'histoire de Tartuffe - celle de Molière - c'est un film dans le film, une géniale mise en abyme.

Et puis, il y a Karl Freund derrière la caméra. Alors tout de suite, le film devient dynamique, il vit. La caméra suit les comédiens, elle entre dans le trou des serrures, elle suit l'œil deTartuffe sur la théière, elle est partout !

Et puis il y a les acteurs : la belle Lil Dagover, le sérieux Werner Krauss, la sournoise Rosa Valetti... Et l'immense Emil Jannings dans le rôle-titre.

Tartuffe a beau n'intervenir qu'à la moitié du film environ, on ne peut pas l'oublier.

On pourrait aussi sous-titrer ce film : les trois visages de Jannings.

En effet, Jannings, en interprétant Tartuffe, nous montre trois aspects de son talent.

Il est d'abord la façade de Tartuffe : le nez dans son bréviaire, il ne veut voir rien d'autre. Il est digne, austère, droit comme la justice.Un saint ! Son regard est franc, assuré, et ses remarques paroles d'évangile. Pourtant... Pourtant sa véritable nature perce : il ne mange pas comme un saint homme et a une drôle de conception de la méditation (dans un hamac).

Ensuite, il est lui-même : il boit, il paillarde, il a ce regard lubrique qui lui déforme son visage de saint homme. On reconnaît difficilement la façade qu'il s'est construite.

Enfin, une fois découvert, qu'il a perdu toute assurance, il nous montre son dernier visage : celui de la peur, mêlée de lâcheté et d'épouvante.

Finalement, ce « monsieur Tartuffe » n'a plus rien de cette façade qu'il entretenait.

Je terminerai sur l'avertissement final : « Et toi ? Sais-tu à côté de qui tu es assis ? »

Là, nous retrouvons cette prémonition du cinéma allemand qui sent une menace se préciser, qui fait dire que n'importe quelle personne n'est pas celle qu'on pourrait croire : que le mal rôde mais qu'il sera difficile à cerner et combattre.

Nous savons tous comment ça s'est - hélas - terminé en 1933.

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