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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Theodore Melfi, #Historique, #Kevin Costner
Les Figures de l'ombre (Dark Figures - Theodore Melfi, 2016)

Trois.

Trois femmes.

Trois femmes noires.

 

Dans l’Amérique de 1961, il est difficile d’être une femme et encore plus d’être noire.

Katherine Goble (Taraji P. Henson), Dorothy Vaughan (Octavia Spencer) et Mary Jackson (Janelle Monae) sont trois mathématiciennes cantonnées dans le secteur réservé aux « gens de couleur ». Parce qu’en 1961, on discrimine la population en Virginie. Comme dans beaucoup d’endroits de ce fameux « pays de la Liberté ». Toutes trois sont calculatrices et passent leurs journées à calculer.

Et puis un jour Katherine est employé temporairement dans un service réservé aux blancs, dirigé par Al Harrison (Kevin Costner) : elle se retrouve à calculer les trajectoires des fusées qui doivent emmener des astronautes, dont le célèbre John Glenn (Glen Powell).

Le service l’accueille – il n’y a pas le choix – mais reste tout de même une zone réservée aux blancs.

 

S’ensuit alors une histoire limitée dans le temps – 1961-1962 – où ces trois femmes vont apporter leur contribution à la lutte pour les Droits Civiques et surtout l’égalité entre les citoyens. Le film mélangeant alors des images d’archives (en couleurs, mais le sont-elles toutes d’origine ?) et reconstitution minutieuse des lieux fréquentés par la NASA à Langley (Va).

 

Quand on pense qu’il a fallu plus de 60 ans pour que ces trois femmes soient véritablement connues du grand public – grâce à ce film – on peut se demander si le combat pour les Droits Civiques fut réellement victorieux.

Mais réjouissons-nous tout de même de cette mise à la lumières de ces fameuses figures de l’ombre.

 

La traduction – indispensable, semble-t-il – ne prend pas en compte un aspect important : en anglais « figure » signifie aussi chiffre. D’où une certaine ambiguïté dans la signification originale.

Surtout quand on voit que Katherine Goble (1) ne se contente pas de mettre en lumière certaines équations, mais aussi d’en créer de nouvelles surtout en vue de la mise sur orbite de Glenn (2).

Alors ces « figures » se contentent-elles de désigner ces femmes remarquables ?

 

C’est un très beau film que nous propose là Theodore Melfi. Il met en scène le quotidien terrible des Noirs pendant cette période trouble (qui dura trop longtemps).

Ce sont des situations quotidiennes qui retiennent notre attention, et on peut facilement que les spectateurs les plus jeunes aient du mal à imaginer cette ségrégation inique.

On peut donc voir les places du fond dans le bus (3) ou les fontaines réservées à chaque fois à deux catégories distinctes, sans oublier l’incroyable absurdité de la chose qui oblige Katherine Johnson à se rendre dans son ancienne section pour pouvoir se soulager.

Et l’autre moment fort de cette discrimination concerne l’arrivée sur le site des 7 astronautes désignés pour le programme Mercury : la foule des techniciens s’est rassemblée pour les accueillir, mais la trentaine de femmes noires est inévitablement mise de côté, quelques mètres plus loin.

Et sans l’intervention de John Glenn, elles seraient – encore une fois – restées dans l’ombre.

 

Mais le plus réjouissant du film, et il en faut bien après l’exposition de cette situation raciste, c’est le changement que ces femmes vont apporter à la NASA ainsi qu’au reste des Etats-Unis : comme quoi, il ne faut pas toujours être nombreux pour amener de grands changements. Mais être déterminé est indispensable.

 

Bien sûr, l’émotion est omniprésente dans ce film, mais c’est aussi une des composantes du cinéma. Et comme ce film révèle ces figures qui furent longtemps cachées au reste du monde (3), on est heureux de voir mises à l’honneur ces trois grandes dames qui ont aussi permis l’évolution des mentalités et de faire accepter que le génie n’est pas réservé au seuls hommes blancs.

 

Un film à voir, mais pas seulement : à faire voir aussi !

 

PS : Katherine Johnson a fêté ses 100 ans le 26 août dernier.

PPS : MADAME Katherine Johnson s'est éteinte le 24 février 2020 à l'âge de 101 ans.

 

  1. Elle se mariera et prendra le nom de Johnson à cette même époque.
  2. John Glenn est mort trois semaines avant la présentation du film.
  3. Autre possibilités
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