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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage
Humoresque (Frank Borzage, 1920)

Humoresque, c’est une pièce de l’immense Anton Dvořák (1). C’est une œuvre qui allie la gaité et la tristesse, parce que les pleurs peuvent masquer le rire comme le rire peut dissimuler les pleurs…C’est comme ça que l’envisage Mama Kantor (Vera Gordon), quand son fils – préféré – Leon (Gaston Glass) part pour la guerre en Europe (nous sommes en 1917).

 

Reprenons. Brooklyn (New York) début du XXème siècle.

Dans le quartier juif (2), nous suivons la vie des Kantor, émigré russes suite aux pogroms de la fin du XIXème qui les ont touchés : leur fils aîné  Mannie (Sidney Carlyle) (3) a toujours les mêmes réactions qu’à sa naissance, son esprit n’ayant pas évolué.

Dans ce même quartier vit la petite Gina Ginsberg (Miriam Battista, 7 ans), orpheline de mère et qui a recueilli un petit chat… Mort.
Dans ce quartier, Leon (Bobby Connelly) (4) est souvent la cible des autres enfants, mais quand ces derniers s’en prennent à Gina, il s’empresse de la défendre.

L’intrigue commence le jour de l’anniversaire de Léon : encouragé par Mama Kantor, il reçoit ce dont il rêve, un violon.

A 23 ans, Leon est devenu un virtuose, mais il s’engage dans la première Guerre mondiale et revient avec un bras blessé : il ne pourra plus jouer.

 

Ne nous y trompons pas, la Guerre n’intervient qu’à la fin et les complications qui en découlent n’occupent qu’une toute petite partie du film.

Car si Leon est le héros du film, il n’est pas pour autant le personnage principal : c’est Mama Kantor qui tient le film d’un bout à l’autre. C’est elle qui croit en ses enfants, même si pour Mannie, la situation est désespérée. Et Vera Gordon est une mère formidable. Sans tomber dans la caricature de la mère juive, elle interprète tout de même un archétype : elle est douce et aimante comme elle peut se fâcher si on ne lui obéit pas. C’est elle qui donne le véritable sens du titre du film (voir plus haut), pleurant le départ de son fils, mais déclarant qu’elle pleure de rire, pour cacher sa fierté. C’est d’ailleurs un grand moment que la séquence des adieux, où Leon leur joue à tous une dernière fois Humoresque (3) avant de partir. Même Mannie réagit à cette musique entraînante où point tout de même un soupçon de mélancolie.

 

On a raison de dire que Frank Borzage est l’un des meilleurs cinéastes de mélodrames. Cette histoire le prouve encore une fois. On y trouve aussi son thème de prédilection, la solitude.

Solitude de Leon de Gina face aux autres enfants, solitude de Mama Kantor qui doit s’occuper seule de sa maisonnée ; solitude de Leon revenu invalide de la Guerre et de Gina (encore) rejetée par ce même Leon…

 

Ce film est une très belle peinture de ce que pouvait être la vie au début du XXème siècle à New York dans ce quartier de Brooklyn dont on nous montre quelques images (ré&elles) en ouverture. Mais si la vie n’est pas facile pour tous ces gens, on assiste tout de même à une élévation de leur niveau de vie, presque 15 ans après : Leon est adulé par le public et le père de Gina a réussi dans ses affaires.

Si Mama Kantor est le personnage central de cette belle histoire, il ne faut pas oublier son mari Abrahm (Dore Davidson), véritable caricature d’un négociant juif, obnubilé par l’argent. De plus, il a une certaine tendance à l’avarice. Mais il n’y a pas de charge contre ce personnage qui, au bout du compte est plus humain qu’il veut le montrer. Il est très fier de la réussite de son fils (et pas seulement financière), et son départ l’affecte tout autant que son épouse.

 

 

(1) Composée en 1894

(2) Les intertitres vont même jusqu’à parler de « Ghetto ».

(3) Il est très rare de voir représenté ainsi un enfant, puis un adulte handicapé dans les films de cette période.

(4) 10 ans pendant le tournage, il meurt en 1922 (hypertrophie du cœur + bronchite).

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