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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Sheridan
Au Nom du Père (In the Name of the Father - Jim Sheridan, 1993)

Guildford, un soir comme les autres, le 5 octobre 1974.

Deux couples de jeunes gens entrent dans un pub, prélude à une soirée ordinaire.

Mais ce soir-là n’est pas ordinaire : l’IRA (Irish Republican Army) y fait exploser une bombe, tuant 5 personnes et en blessant une centaine.

Gerry Conlon (Daniel Day-Lewis), Carol Richardson (Beatie Edney), Paul Hill (John Lynch) & Paddy Armstrong (Mark Sheppard) sont arêtes, inculpés, jugés et emprisonnés pour cet attentat.

Sauf que ce ne sont pas eux les coupables.

 

C’est un point noir pour la justice anglaise, les quatre jeunes gens arrêtés ayant été reconnus innocents et donc libérés, quinze ans après.

Mais ce film, c’est avant tout la relation entre Gerry Conlon (1954-2014) – dont Jim Sheridan a adapté le roman autobiographique – et son père Giuseppe (magnifique Pete Postlethwaite).

C’est une relation houleuse qui nous est présentée, mais surtout deux hommes qui s’aiment mais ne savent pas se le dire.

 

Dès le début, quand Gerry doit rejoindre l’Angleterre, les adieux sont  des plus succincts, voire inexistants. Mais si la vie de l’un est menacée, l’autre fera tout pour le sauver’ : Giuseppe envers son fils, bien sûr, mais aussi Gerry envers son père, laissant un blanc-seing à la police pour lui permettre de l’accuser de ce qu’elle veut. Et c’est de ces faux aveux que part l’injustice. La police a donc maquillé cette affaire, accusant surtout Gerry parce qu’il était Irlandais, dans une situation intérieure catastrophique, comme le montre la première séquence à Belfast : comment une rapine de métaux devient une émeute.

 

Il y a d’ailleurs dans cette insurrection spontanée un sentiment de solidarité fort qui se dégage. Les jeunes voleurs (dont Gerry), poursuivis par l’armée, sont cachés puis rejoints par tout un quartier, transformant ce qui n’était après tout qu’un vol de plomb pour la revente, et surtout une méprise (compréhensible du fait des événements ?) qui dégénère en scène de violence avec matraquage, caillassage et jets de cocktails Molotov en règle contre une troupe d’occupation, ainsi que la ressentent les insurgés. Et Jim Sheridan rend très bien compte des états d’esprits de l’époque, montrant même des enfants participant au rejet des soldats anglais, même si pour eux ce ne semble être qu’un jeu.

 

Mais quand nous revoyons l’attentat, avec surtout le rôle joué par Gerry et Paul – c’est-à-dire aucun – et ses conséquences, nous mesurons la taille de l’injustice qui leur sera faite. Ainsi qu’aux autres membres de la famille de Gerry.

Il est clair que les Quatre de Guildford ont été des boucs émissaires rêvés : Gerry et Paul arrivaient d’Irlande, la nouvelle loi de renforcement de la sécurité venant d’être appliquée, tout concourrait à cette erreur judiciaire. Les policiers DEVAIENT trouver des coupables et ils avaient ces quatre jeunes gens sous la main.

 

Nous assistons alors à deux intrigues parallèles : d’un côté la vie en prison pour Gerry et son père, enfermés dans la même cellule ; de l’autre leur avocate, Gareth Pierce (Emme a Thompson, impeccable comme d’habitude) qui doit se démener pour pouvoir ouvrir à nouveau l’enquête, jusqu’au moment où le destin lui donne un petit coup de main qui amène l’issue heureuse.

 

La vie en prison est un thème souvent abordé au cinéma, mais ici, nous avons droit à un cas particulier : un père et soin fils, que la vie avait séparés, se retrouvent et doivent à nouveau s’apprivoiser.

Nous assistons alors à deux magnifiques numéros d’acteurs. D’un côté Daniel Day-Lewis, en jeune homme révolté, incapable de dire à son père qu’il l’aime, et même pire : il lui explique ce qu’est sa vie avec ce père si peu encourageant. Mais nous, spectateurs n’avons pas oublié » que c’est parce que ce père encombrant avait été menacé que Gerry avait avoué.

En face, on trouve l’immense Pete Postlethwaite (déjà 7 ans qu’il est mort…) dans le rôle de ce père certes encombrant pour Gerry, mais tellement plein d’amour pour ce fils qui n’est pas comme il l’aurait voulu. C’est un homme fondamentalement bon que ce Giuseppe (il explique pourquoi il porte un prénom si peu irlandais), qui n’hésite pas une seconde pour aider ou sauver son fils.

 

Bien sûr, il y a une portée religieuse dans ce film. Le conflit nord-irlandais est avant tout religieux, mais il y a en plus dans ce père une figure christique. En effet, même si ce n’est pas explicite, on sent que le père ne vit que pour son fils. Il se réjouit presque d’être avec son fils, si ce n’était la cellule autour d’eux. Mais surtout, c’est un homme malade que la maladie elle aussi a condamné. Et on voit Giuseppe graduellement décliner, à mesure que la thrombose l’affaiblit peu à peu. Mais plus Giuseppe diminue, plus Gerry se renforce, et plus ils se rapprochent. On assiste alors à des scènes magnifiquement émouvantes, avec à la fin, la mort inévitable du père. Ce père qui devient alors la raison de survivre pour son fils, qui tel un apôtre va reprendre à son compte le combat pour la vérité qu’était le sien.

 

Magnifique.

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