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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #Lionel Barrymore, #James Stewart
La Vie est belle (It's a wonderful Life - Frank Capra, 1946)

On a (presque) tous dit, dans un moment de déprime : « si seulement je n’étais pas venu au monde ! ». C’est le cas de George Bailey (James Stewart), directeur – malgré lui – d’une agence de prêts à base associative de Bedford Falls (New York).

Il faut dire qu’en quelques heures sa situation a beaucoup évolué, surtout défavorablement, grâce entre autres à l’action maléfique du potentat local : Henry F. Potter (Lionel Barrymore).

Mais Clarence (Henry Travers), son ange gardien veille.

 

Frank Capra nous offre ici l’une des plus belles histoires de noël qui soit. En effet, cette histoire, plutôt improbable, mais là n’est pas la question – allie le merveilleux à la réalité avec brio, et encore une fois, quand le film se termine, on ne peut éviter de garder le sourire quelques instants… Et, à l’instar du Kid de Chaplin, une petite larme au coin de l’œil.


Il est d’ailleurs étonnant que ce film fût si peu proposé à la télévision française en période de fêtes de fin d’année.
Certes, de nos jours, les chaînes de télévision françaises – sauf ARTE, mais c’est normal, c’est une chaîne franco-allemande – relèguent les films en noir et blanc en deuxième voire troisième partie de soirée (quand elles n’en proposent aucun, si vous voyez de laquelle je veux parler…), mais quand j’étais plus jeune il en était déjà de même à propos de ce film que mon ami le professeur Allen John et moi-même n’avons découvert que fort tard.

 

Et pourtant, quel beau film.

Capra a toujours eu l’art de filmer des histoires optimistes sur l’amitié. Et ici, on retrouve un apparentement avec Vous ne l’emporterez pas avec vous, ne serait-ce que par la présence de plusieurs acteurs dans ces deux films : James Stewart, Lionel Barrymore ou encore H.B. Warner (Gower, le pharmacien) pour ne citer qu’eux. Sans oublier la belle Donna Reed… Tous donnant une large palette de personnages plus ou moins truculents, créant un microcosme rappelant ici l’un des piliers de la société américaine : le célèbre « Melting pot ».

De plus, George Bailey est proche de Tony Kirby (Vous ne l’emporterez pas avec vous) de par sa fougue juvénile et ses projets fous.


Dans une première partie, on assiste aux événements marquants de la vie de George, événements qui deviendront cruciaux dans une deuxième partie qui nous montrera le devenir de sa ville et de ses habitants s‘il n’avait pas vécu.
Car c’est là que la magie opère : Clarence, avec l’aide de sa hiérarchie (Saint Joseph & Co), va montrer à un George sceptique les répercussions sur les lieux et les gens de son absence originelle. Et le résultat est franchement déprimant.
C’est aussi une des marques que laisse le film – avec le sourire – sur le spectateur qui ne peut se demander ce qu’aurait été la vie de ses proches sans son intervention plus ou moins fortuite.

Et une fois cette (brève) introspection réalisée, on se dit que finalement chacun a sa place dans cette vie pas toujours drôle ni facile, mais qu’on y a tout de même contribuer à la rendre un tout petit peu meilleure.

 

Mais la grande différence avec Vous ne l’emporterez pas avec vous, c’est la place encore plus importante de l’amitié, et le rôle de George dans cette communauté. Alors que Vanderhof était malgré tout un individualiste, George est véritablement le chantre de cette cohésion sociale que représente son agence de prêts. Et l’expansion de son espace communautaire (Bailey Park) rappelle l’action de John & Mary Sims dans Notre Pain quotidien (King Vidor, 1934), qui se passe, chronologiquement parlant, à la même époque.

Et puis il y a la générosité des personnages – déjà entrevue dans la scène de procès de Vous ne l’emporterez pas avec vous, avec cette foule de gens venue soutenir les personnages principaux là encore dans une situation de détresse.

 

Mais le film fonctionne aussi grâce à l’opposition de deux grands acteurs : James Stewart et Lionel Barrymore. Alors que George Bailey est un optimiste un tantinet utopiste, Potter, lui, est un réaliste de la pire espèce : un financier. Il y a un peu de Scrooge (A Christmas Carrol - Charles Dickens, 1843) dans Potter : ce méchant avare qui, la nuit de Noël, est visité par les esprits des noëls passés. Mais si Scrooge s’amende, il n’en va pas de même de Potter, infâme vieillard frustré bouffi d’orgueil par sa richesse. Et l’infirmité réelle de Lionel Barrymore, qui ne se déplaçait plus qu’en fauteuil roulant, accentue ce pouvoir corrupteur de l’argent sur Potter, qui reste insensible à tout sentimentalisme, et donc à cet esprit de Noël qui baigne le film.
En face de lui, James Stewart nous offre un George Bailey capable de nous faire (sou)rire et émouvant à souhait, sans pourtant tomber dans l’excès : humain, donc. Il est un homme qui sacrifie ses aspirations, ambitions et projets pour les autres – le bien commun et en cela Capra va ici plus loin que dans Vous ne l’emporterez pas avec vous – et qui, s’il n’est pas riche d’argent, l’est d’amis. Et, comme le dit le dicton : « c’est dans le besoin qu’on reconnaît ses amis ». Alors George est un homme riche, encore plus riche que ne l’était Vanderhof.

 

Un film qui, s’il est marqué par le temps (l’action se termine en 1945), traite d’un sujet qui reste (et restera) toujours intemporel.

Et qui, en plus, fait du bien…

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