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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Richard, #Comédie
Je sais rien, mais je dirai tout (Pierre Richard, 1973)

Pierre Gastié-Leroy est le fils de Gastié-Leroy (Bernard Blier), industriel mais surtout marchand de canons français, dont la famille fournit régulièrement les secteurs du sabre et du goupillon en personnel ou/et en matériel.

Mais Pierre n’est pas comme son père : il travaille et a des idées sociales beaucoup plus évoluées que celles de son père : il est éducateur et s’occupe de trois jeunes gens plus en rupture de ban qu’intégrés à cette société de (sur)consommation (1) : Didier (Kaminka), Luis (Rego) et Georges (Beller).

L’association – instillée par Pierre – des trois « P’tits gars » et du marchand de canon aura des résultats explosifs – terme absolument pas usurpé dans cette situation…

 

Le générique d’ouverture donne le ton : la chanson Les Gentils, les méchants de Michel Fugain est une critique à peine voilée de la société ancienne et traditionnelle (2) – les gentils – par opposition à celle qui est née cinq ans plus tôt (2), prônant une liberté de mœurs un tantinet salutaire, et se terminant par la conclusion inévitable qu’on préfère ici les Méchants.

Et ces méchants, c’est ce quatuor (Pierre + les P’tits Gars), qui vont totalement dynamiter le représentant de ce monde archaïque qu’est Gastié-Leroy.

 

Depuis l’irrésistible Distrait (1970), Pierre Richard est devenu l’un des phares du cinéma comique français, participant en outre l’année précédente au formidable Grand Blond d’Yves Robert.

On retrouve donc ici ce qui fit son succès pendant ces trois années (et pendant celles qui suivront, cela va de soi) : un comique avant tout visuel, rencontre du burlesque et du son, mais d’une autre manière que le faisait à la même époque Jacques Tati.

En effet, alors que Tati n’usait que très peu de paroles, Pierre Richard inclut celles-ci dans ses effets.

Mais la grande différence avec son aîné, c’est surtout la démesure de son personnage, conscient de son « énaurmité » là où Tati/Hulot n’était que réserve et discrétion (3).

 

Parce que Pierre Richard en fait des tonnes, se roulant par terre, exultant et criant au milieu de sa famille des plus dignes malgré sa source d’enrichissement.

Mais c’est cet excès qui nous le rend des plus sympathiques, parachuté dans une famille plus austère qu’un pasteur protestant, véritable association des grands pourvoyeurs de guerre : la religion et l’armée.

Et Pierre Richard truffe son intrigue (voir plus haut) de saynètes interchangeables où le comique de situation (la peinture avec Victor Lanoux) se mêle au comique de mots (les dialogues contrepétant avec Pierre Repp ; la joute – oratoire – avec Bernard Haller) pour notre plus grand plaisir.

 

Alors certes, le film paraît décousu, l’improvisation semblant de mise dans certaines séquences, mais peu importe, on s’amuse de ces personnages qui tiennent plus de la caricature que de la vraisemblance, sans oublier les corps de métier en rapport avec l’ordre qui sont critiqués avec beaucoup de bonheur (pour nous) : l’armée avec le soldat Antoine (Francis Lax) victime malgré lui de l’aide que lui veut apporter Pierre ; ou encore ce commissariat de police où  Pierre finit régulièrement. Ce dernier lieu est un repère de sycophantes obséquieux mené par Pierre Tornade et secondé par Daniel Prévost, à la botte de Gastié-Leroy, allant même jusqu’à entonner un « Faites la guerre, pas l’amour ! » des plus savoureux.

 

Bref, une comédie des plus débridées où  sous sa couverture se cache une critique réjouissante de ce monde sclérosé qui a volé en éclat cinq ans plus tôt.

Mais ça, c’était avant.

En effet, quand le film sort le 6 décembre, a eu lieu quelques semaines plus tôt un événement qui va changer radicalement l’avenir de cette société (un peu) libérée : le premier choc pétrolier (16-17 octobre 1973)…

 

  1. Militaire ici, mais d’une manière générale, ce film dénonce les excès de ces fameuses « Trente Glorieuses » dont nous récoltons aujourd’hui les fruits (gâtés).
  2. Avant 1968.
  3. Discrétion de son propre point de vue mais qui ne laisse pas ses interlocuteurs de marbre ni indifférents à sa personne.
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