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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #René Clément
Jeux interdits (René Clément, 1952)

La guerre dans les yeux des enfants. Ou plutôt les conséquences de la guerre.
Parce que Paulette (Brigitte Fossey, encore 5 ans quand le film sort) est une de ces orphelines de la guerre : ses parents sont morts d’avoir couru après elle pendant un raid aérien, tout ça parce que son chien Jock s’est enfui.

Seule, elle trouve refuge chez les Dollé dont le fils aîné (Jacques Marin) a été blessé par un cheval rendu fou par les bombardements.

Rapidement, Paulette est adoptée par cette famille rustique et rurale, et surtout par le fils cadet Michel (Georges Poujouly).

 

Après plus de trente ans passés à côtoyer des enfants (et ayant été un enfant moi-même), je trouve que le titre n’est absolument pas adapté à l’intrigue du film, et surtout à ses interprètes-protagonistes. En effet, le terme de jeu implique chez les adultes une idée peu sérieuse par opposition au monde des adultes rationnel (1). Alors la mort, vous imaginez le degré de sériosité que cela inclut…

Mais ces « jeux » enfantins n’ont rien de frivoles et ont une importance cruciale chez ces deux enfants livrés à eux-mêmes. Livrés à eux-mêmes de deux façons : Paulette est seule après la mort de ses parents ; Michel doit s’élever tout seul dans une ferme où le travail est la valeur première  et laisse donc peu de temps de s’occuper de sa progéniture, sans oublier l’accident qui arrive au fils aîné qui laisse encore moins de temps de prendre soin des plus jeunes.

 

Et cet abandon laisse le temps de se concentrer sur les choses importantes : la mort. C’est là que se situe l’interdit du titre : on ne plaisante pas avec la mort, surtout quand on la vie directement : par les parents pour Paulette et par le frère pour Michel.

Mais à aucun moment les enfants ne prennent tout ceci pour un jeu : la situation est grave et va le rester jusqu’au bout, à leur niveau. Et les différentes actions qu’ils vont entreprendre, tout en ayant un aspect dérisoire à notre niveau d’adultes reste des plus sérieuses et primordiales dans leurs yeux d’enfants.

 

Et René Clément réussit ce que peu de réalisateurs ont réussi avant lui : nous livrer un monde à hauteur d’enfants, qui ne soit ni comique (cf. Our Gang aux Etats-Unis) ni artificielle comme c’est le cas dans les adaptations littéraires habituelles. Il y a une dimension naturelle dans l’évolution de ces deux enfants – les acteurs tout comme leur prestation – qu’on retrouve rarement de manière si véridique. La petite Brigitte Fossey est formidable de bout en bout, servie par un scénario qui s’est adapté à elle (à moins que ce soit la direction de René Clément). On ne se demande à aucun moment quel doit être l’âge de son personnage comme on peut le faire des adaptations littéraires « du répertoire » (Oliver Twist, David Copperfield…) : on retrouve dans la direction de la petite fille la même inspiration que celle de Charles Chaplin dans The Kid. Et il en va de même pour le (moins) petit Georges Poujouly (six ans de plus) qui campe un Michel totalement vrai : ses différentes attitudes quant à ce qui lui arrive, et surtout par rapport à la religion sentent le vécu et prennent vraiment en compte ce qu’est un enfant (2) : ses prières se mêlent parce qu’il est contraint de les réciter pour son frère (qui est en train de mourir), voire sont déformées (répétition de « crotte » à la place des vraies paroles), mais redeviennent bonnes quand ce même frère meurt, amenant une réelle émotion à cet enfant qui semblait (presque) indifférent au sort des adultes.

 

Mais Jeux interdits, c’est avant tout une magnifique histoire d’amour là encore au niveau d’enfants. IL faut voir les immenses yeux émerveillées de la petite Paulette quand elle regarde son Michel pour s’en rendre compte. Tout comme l’attitude bravache et courageuse de ce dernier pour plaire à cette jeune « demoiselle en détresse », parce que Paulette, pour Michel, n’est pas autre chose.

C’est par amour qu’il va tenter de voler la croix du maître-autel, et par amour qu’il va lui reprocher d’être embrassée par les autres au moment de se coucher. Et on s’amuse de son argument pour être embrassé sur la joue par la petite fille : c’est là qu’il a pris une taloche (3).

 

A l’origine, c’était un court-métrage illustrant la guerre vue par des enfants.

Heureusement pour nous, ce fut un long.

 

PS : vous remarquerez que je n’ai pas parlé de la BO inoubliable de Narciso Yepes. Reiser, dans On vit une Epoque formidable (1976) exprime très bien ce que je pense de cette belle suite d’accords de guitare sortis de leur contexte…

 

  1. D’ailleurs, quand les adultes jouent, c’est avant tout pour gagner de l’argent (loterie, paris, cartes… Rien de bien vraiment ludique !
  2. La prochaine fois que nous aurons une belle illustration du monde de l’enfance, ce sera avec La Guerre des boutons d’Yves Robert (1962).
  3. On pourra, tout comme moi, faire un parallèle avec notre ami Indiana Jones (Harrison Ford), perclus de douleur, que Marion (Karen Allen) va embrasser là où ça ne fait pas (trop) mal… (Les Aventuriers de l’Arche perdue).
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