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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Arnaud Desplechin
Jimmy P. (Arnaud Desplechin, 2013)

Browning (Montana), 1948.

Depuis son retour d’Europe trois ans plus tôt, Jim Picard (Benicio del Toro) souffre de migraines et a la vue qui se brouille. Reçu au Winter Hospital, on ne lui décèle aucune affection physiologique.

Après avoir été placé un temps chez les fous (1), il est suivi par Georges Devereux (Mathieu Amalric) qui va tenter de comprendre l’origine de ses souffrances.

 

Arnaud Desplechin a traversé l’Atlantique pour venir adapter le livre de Devereux, emmenant dans ses bagages son acteur fétiche – Mathieu Amalric. Et le résultat, tout comme la thérapie de Jimmy P., est fort concluant. Il prend son temps pour nous présenter les deux protagonistes principaux, mêlant le présent et le passé en ce qui concerne Jimmy, et distillant progressivement les éléments concernant la biographie du praticien.

Et la rencontre des deux acteurs, à travers ces deux personnages singuliers, est de très haute volée. Benicio del Toro est superbe, comme à son habitude, et Mathieu Amalric interprète un Devereux très convaincant, donnant une très grande crédibilité dans la relation entre les deux hommes.

 

De plus, l’utilisation de plans rapprochés voire très accentue l’aspect véridique du film annoncé en ouverture. Les cadrages sont parfois très serrés, sur le haut du visage de del Toro, véritable personnage principal de l’intrigue. Et Desplechin souligne cette réalité en usant d’une caméra subjective lors de la première crise – visible – de Jimmy. A la subjectivité de la caméra s’ajoute la bande son qui traduit très bien les acouphènes que l’on devine accompagner la crise.

 

Mais ce sont bien sûr les différentes séances qui retiennent notre attention, et la façon dont l’esprit de Jimmy va évoluer, à travers ses rêves et ses souvenirs : en trois temps.

Le premier nous montre le petit Jimmy ; puis le Jimmy actuel s’insinue dans le souvenir pour en être un observateur jusqu’à prendre la place qui est (était) la sienne : nous sommes dans le passé mais le nouveau Jimmy (celui du présent de la narration) assume pleinement sa place et revit ces souvenirs plus ou moins enfouis.

 

Bref, Desplechin illustre parfaitement l’évolution de l’esprit de Jimmy, servi par une interprétation qui la permet : les deux acteurs principaux tiennent leur personnage de bout en bout, et donne à cette intrigue un côté passionnant sans pour autant tomber dans un voyeurisme qui aurait pu effleurer un réalisateur moins talentueux. Les nombreuses références sexuelles ne sont aucunement montrées : un plan, une réplique, et cela suffit à nous les faire comprendre.

 

Au final, c’est un film sobre et tout en subtilité qui nous est ici proposé. Desplechin opte à chaque fois pour le bon placement et le ton juste tout comme ses interprètes. On reste intéressé par cette histoire de traumatisme guerrier qui, pour une fois, ne concerne pas le Vietnam.

Et Desplechin réussit un film carrefour entre plusieurs genres : le film médical qui voit un patient guérir, le film de guerre qui s’intéresse aux suites d’un conflit, et le western. Le western parce que Jimmy est toujours considéré comme un Indien avant d’être un Américain. Et paradoxalement, alors que le titre complet parle de hautes plaines, c’est à peine si nous pouvons les voir, la majeure partie des rencontres entre les deux protagonistes se passant en huis clos…

 

(1) L’armée ne fait pas toujours dans la subtilité…

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