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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Jeanne d'Arc (Joan the Woman - Cecil B. DeMille, 1916)

Quand Cecil B. DeMille entreprend ce film, c’est déjà (au moins) la sixième adaptation de la vie de Jeanne au cinéma (de Jeanne d’Arc de George Hatot en 1898 jusqu’à Jeanne Captive de Ramos en 2011 avec Clémence Poésy dans le rôle titre ; parmi lesquelles, notons celle de Méliès en 1899).

Quoi qu’il en soit, DeMille nous propose un magnifique biopic de l’un des personnages les plus portés à l’écran.


DeMille retrouve Géraldine Farrar qu’il avait fait tourner dans Carmen l’année précédente. Et le choix de cette interprète est duel : d’un côté, elle est une Jeanne exaltée que l’on suit aveuglément ; de l’autre elle est tout de même un peu âgée pour tenir ce rôle (Jeanne avait 19 ou 20 ans à sa mort) !

Mais qu’importe : DeMille ne recherche pas la vérité à tout prix. Il veut un personnage exaltant qu’il va plonger dans le présent. Nous sommes à une époque troublée marquée par la guerre en Europe. Les Etats-Unis devaient entrer en guerre, et ce film n’est qu’un reflet de l’état d’esprit de ce pays par rapport au conflit européen. En effet, quand DeMille commence le tournage, l’Amérique a encore en tête le torpillage du Lusitania (7 mai 1915) et penche de plus en plus vers une intervention. D’où la séquence d’introduction bien distincte de l’intrigue à proprement parler.

 

En effet, une fois Jeanne présentée, l’intrigue principale commence : c’est la guerre en France, et sur le front (du côté de Domrémy, bien sûr) une mission suicide doit être exécutée par un soldat britannique. Pendant le temps de réflexion avant d’accepter la mission, Eric Trent (Wallace Reid), un soldat, est visité par l’esprit de Jeanne d’Arc : par son sacrifice, il doit réparer l’injustice faite à Jeanne presque 600 ans plus tôt.

Nous voici donc spectateurs de l’ascension et la chute de Jeanne, et de sa relation avec un autre Eric Trent, double de celui de 1916.

Et question spectacle, on est servi. Tous les épisodes connus de la vie de Jeanne sont mis en scène : des voix entendues à la croix offerte sur le bûcher, en passant par la ruse de Charles VII, le siège d’Orléans (et la flèche reçue), le couronnement à Reims, l’infâme évêque Cauchon (Theodore Roberts), le procès en sorcellerie et l’exécution publique finale.

Malgré tout, DeMille reste très fidèle à ce qu’on enseigne à l’époque dans les écoles de la République. Mais si Jeanne possède une épée, jamais on ne la voit s’en servir. Elle passe ses batailles à exhorter ses soldats et brandir bien haut l’étendard (consacré). On assiste alors à une scène de batille de toute beauté, où les innombrables épées levées s’entrechoquent dans un silence assourdissant…

 

N’oublions pas tout de même que Jeanne d’Arc a été béatifiée en 1909 et qu’elle sera canonisée quatre ans plus tard (1920) : le film de DeMille s’inscrit pleinement dans cette reconnaissance religieuse du personnage historique. Le prologue, d’ailleurs, fait de Jeanne une figure christique sacrifiée sur l’autel de l’Etat. Sa position, les bras écartés (Jésus en croix) sur un fond de fleur de lys (symbole de la royauté) est on ne peut plus clair. Le ton est donné dès le début.

Et le film est religieux. La croix est omniprésente : des signes de croix récurrents aux différentes représentations de crucifix, il existe peu de plans n’y faisant pas référence.

Et le côté spirituel est renforcé par l’utilisation de l’éclairage. Ce ne sont qu’ouverture et fermeture à l’iris sur un élément d’ordre surnaturel (Jeanne, les yeux levés au ciel surtout) et éclairage circonscrit sur un élément plus ou moins théologique. Même le bourreau animant la flamme de son brasero fait varier l’intensité de l’éclairage.

Superbe.

N’oublions pas aussi l’influence d’un film italien sorti deux ans plus tôt : Cabiria. C’est une superbe fresque avec la même utilisation des surimpressions au service de l’intrigue : le cavalier noir annonçant le destin de Jeanne, ainsi que les interventions du glaive divin. Difficile de ne pas y penser.

Les personnages enfin : si Jeanne est magnifique, sa relation platonique avec Eric Trent peut prêter à sourire. Mais ce sont surtout les méchants à la solde des Anglais qui sont le plus réussi. Cauchon est abominable à souhait et son âme damnée, l’Oiseleur (Tully Marshall) est lui aussi formidable, même avec ses regrets tardifs.

Un magnifique spectacle.

 

Petite nouveauté pour terminer : l’utilisation du procédé de colorisation Handschiegl dans la scène du bûcher pour faire ressortir le rouge des flammes qui gagnent progressivement Jeanne jusqu’à la dévorer.

Un très bel effet.

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