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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fantastique, #Drame, #Victor Sjöström
La Charrette fantôme (Körkarlen - Victor Sjöström, 1921)

Saint Sylvestre, 19…

Sœur Edit (Astrid Holm) est sur son lit de mort. Entourée de sa mère (Concordia Selander) et de sa consœur Maria (Lisa Lundholm).

Avant de mourir, elle veut voir une dernière fois David Holm (Victor Sjöström), un vagabond qui a quitté femme et enfants pour entrer en boisson.

Un an plus tôt, déjà à la veille du jour de l’an, Holm avait franchi le premier la mission qui venait d’ouvrir et avait été recueilli par Edit qui avait prié pour sa situation évolue.

Un an après, donc, pas dévolution. Pire, même.

 

On peut lire (un peu) partout qu’avec ce film, Victor Sjöström est entré par la grande porte dans l’univers restreint des maîtres du cinéma. Et je dois avouer que c’est tout à fait légitime tant cette Charrette fantôme est magnifique.

C’st un véritable festival de cinéma – et nous ne sommes qu’en 1921 – tant du point de vue des images que de l’intrigue, sans oublier le jeu – subtil – des différent·e·s actrices et acteurs, dont le réalisateur lui-même dans le rôle principal masculin.

En effet, Sjöström réussit à fusionner deux éléments qui ne font pas toujours bon ménage : un film édifiant et fantastique (comme le genre).

 

Cette charrette fantôme dont il est question est celle qui vient chercher les morts une fois leur dernier souffle expiré. Elle est conduite par le dernier mort de l’année précédente. Ici, en l’occurrence, c’est Georges (Torre Svennberg), un ami de Holm qui l’a – malheureusement – amené sur la pente fatale alcoolique qui le fit déserter le monde social des hommes et l’a amené toujours plus bas dans sa condition : non seulement il a quitté femme et enfants, mais son frère sous l’emprise de ce même alcool qu’il lui avait fait adopter comme maître, a tué un autre homme et doit payer longtemps en prison.

Bref, Holm est un sale personnage, une espèce de salaud comme on en croise régulièrement dans ce genre de films.

 

Mais c’est bien sûr le côté fantastique qui donne toute sa mesure au film, avec une utilisation superbe des surimpressions : cette charrette apparaît quand quelqu’un meurt, et son cocher emporte avec lui chaque nouvelle victime qu’il croise sur son chemin.

Il y a dans ce personnage mortifère une réminiscence de l’Ankou breton, ce valet de la mort qui passe avec sa charrette pour récupérer les trépassés. Mais alors que la faux du Suédois est identique à celles du paysan, celle de l’Ankou a une lame saillante : l’Ankou ne fauche pas les âmes vers lui, il les pousse de sa lame (1).

 

Et tout le film repose sur une série de surimpressions censées représenter les trépassés – David Holm et Georges, le conducteur du moment – au milieu d’une intrigue des plus complexes.

En effet, Alors que tout commence par l’agonie de sœur Edit, on apprend progressivement comment elle a contracté la maladie qui est en train de la tuer, qui en est le responsable – David, bien sûr – comment ils se sont rencontrés et surtout comment David en est arrivé là. Avec ensuite ce qu’il s’est passé entre la date de la rencontre entre David et Edit, jusqu’à l’issue inévitablement tragique de cette veille de nouvel an.

Et il y a dans cette dimension fantastique une sobriété là aussi superbe, maîtrisée, qui évite de tomber dans la facilité du sensationnalisme. Sjöström maîtrise de bout en bout son sujet, d’autant plus qu’il interprète David et obtient donc facilement l’effet recherché de ce personnage.

A ses côtés, ce sont des interprètes eux aussi dans la nuance, sobre dans leur jeu et leurs actions qui donne une dimension quai spirituelle au film.

 

De plus, la photographie de Julius Jaenzon est de toute beauté, bénéficiant d’une teinte pour chaque lieu différent, et surtout jouant avec beaucoup de bonheur et de brio avec l’éclairage, qu’il soit celui du plateau où parmi les accessoires : la famille debout devant David allongé, terrassé par l’ivresse, est d’une très grande qualité esthétique.

Bref, un film repère dans la carrière de Sjöström.

 

Curieusement, ce film ne connut pas le succès attendu aux Etats-Unis. Cela n’empêcha pas Louis B. Mayer de faire venir Sjöström à Hollywood où il réalisera quelques chefs-d’œuvre, mais  malheureusement quelques-uns ont disparu.

 

(1) Ici, la faux est plus un élément décoratif qu’autre chose puisque son possesseur ne l’utilise jamais. Une simple réminiscence de la représentation universelle de la mort avec cet instrument.

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