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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Billon, #Drame
L'Homme au chapeau rond (Pierre Billon, 1946)

« On peut faire des choses terribles, quand on est terriblement amoureux. »

C’est la dernière réplique du film, prononcée par l’homme au chapeau rond avant de s’en aller définitivement.

 

L’homme au chapeau rond, c’est Nicolas Pavlovitch (Raimu). C’est un ancien magistrat ruiné qui vit seul avec sa fille Lisa (Lucy Valnor) depuis la mort de sa femme.

Depuis quelques temps, il tourmente Michel (Aimé Clariond) qu’il a connu autrefois, avant la naissance de sa fille. Et la petite Lisa est née (seulement) huit mois après le départ de Michel dans la vie de Nicolas et sa femme.

Coïncidence ? Je ne crois pas. Et Nicolas non plus d’ailleurs.

 

C’est une histoire terrible que nous raconte ici Pierre Billon, réalisateur français de seconde zone, dans cet après-guerre qui vit le renouveau du cinéma français après quatre années troubles. Histoire terrible mais peu étonnante quand on connaît l’auteur qui l’a inspiré : Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski. On y retrouve l’aspect sordide qu’on connaît de l’auteur de Crime et Châtiment et c’est d’ailleurs à une équipe de Russes blancs que fit appel Billon pour le tournage : parmi eux Georges Wakhévitch à la caméra et Nicolas Toporkoff (Le Brasier ardent, Michel Strogoff…) aux décors et Olga Choumansky pour les costumes.

C’est noir, c’est terrible, et en plus il y a Raimu.

 

Ce dernier est – encore une fois – extraordinaire, mais ans un registre différent. ON se souvient surtout de lui dans la Trilogie marseillaise, interprétant un César haut en couleur toujours la gueule ouverte. Ici, Nicolas est un personnage (presque) réservé, un de ces petits qui peuplent l’univers de Dostoïevski, et qui, à l’instar de Raskolnikov, n’est pas tout blanc.

Parce que Pavlovitch est ce qu’on peut appeler un salaud : il va laisser mourir sa fille sans en paraître très affecté, se réjouissant d’ailleurs des différentes situations mortuaires qui se présentent.


Face à lui, on trouve un Aimé Clariond au diapason, ancien amant tourmenté par le cocu auquel il était attaché, jonglant sans cesse entre son passé de séducteur (et donc d’amant) et de père possible de la jeune Lisa. C’est la conjugaison de ces deux états qui fait de la relation qui se renoue avec Nicolas un véritable enfer pour lui.

Et au final, c’est Clariond qui se lâche – justement – face à un Raimu tout en sobriété (1). Aucun coup de gueule ni emportement comme on a pu lui en voir avant guerre. Raimu nous montre – encore une fois – qu’il était un grand acteur.

Mais ce film, c’est avant tout l’adieu de ce dernier au cinéma et aux spectateurs : Raimu mourut quelques semaines après sa sortie d’une complication opératoire.

Son départ dans le film en tant que Nicolas Pavlévitch prend alors une dimension exceptionnelle car l’analogie est frappante.

On retrouvera une même émotion à la fin de Soleil Vert quand le personnage interprété par Edward G. Robinson est euthanasié : Robinson mourut avant la sortie du film.

 

Avec Nicolas Pavlévitch qui s’en va, c’est un monstre sacré du cinéma et de la culture populaire française qui disparaît, et seulement après 15 ans de tournage !

 

  1. Cela ne concerne que son jeu : son personnage est un alcoolique !
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