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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Pierre Chenal
L'Homme de nulle part (Pierre Chenal, 1937)

Mathias Pascal (Pierre Blanchar) est un jeune homme un peu bête et qui chasse les papillons, mais surtout qui est amoureux de la belle Romilda (Ginette Leclerc). Il l’épouse même, sans dot !

Et vivre avec Romilda serait l’idéal si sa mère, la Pescatore, (Catherine Fonteney) ne vivait pas elle aussi sous le même toit : ce ne sont qu’humiliations et rabrouements, tandis que les langues se délient à propos de la jeune mariée qui aurait souvent célébré Pâques avant les Rameaux…

A la mort de sa mère (Charlotte Barbier-Krauss), Mathias s’enfuit et va faire fortune. Il revient riche, mais c’est pour assister à son propre enterrement.

Il décide alors de vraiment partir.

 

Le cinéma français de l’entre-deux-guerres est une véritable mine pour les cinéphiles et cette nouvelle adaptation de Feu Mathias Pascal (1) – la deuxième sur les trois existantes – est une belle pépite dans cette production cinématographique. Il faut dire que Pierre Chenal s’est bien entouré pour réaliser ce film, que ce soit devant la caméra comme derrière.

De plus, cette intrigue de faux mort est un thème récurrent du cinéma, la plupart du temps dans un cadre comique.

Mais ici, le cadre comique a tendance à s’effacer devant cette intrigue d’identité où Mathias, ayant agi au final sur un coup de tête se retrouve dans des situations prévisibles mais imprévues, lui faisant jouer un rôle de fugitif, comme n’importe quel bandit de grand chemin.

 

Il faut dire que pour le titiller, on a fait appel à deux interprètes chevronnés : Catherine Fonteney – de la Comédie Française, s’il vous plaît – pour Mathias et Robert Le Vigan (« comte » Papiano) pour Adrien Meis, son pseudonyme romain.

Il y a ans le personnage de la Pescatore tout ce qu’il faut de fiel et de médisance pour la faire rapidement détester (2). Elle représente un archétype de belle-mère acariâtre et obsédée par l’argent, devenant alors facilement détestable.

Quant à Papiano, encore une fois Robert Le Vigan est phénoménal.

Je sais que Le Vigan fut ce qu’on appelé – à juste titre – un « salaud » notoire à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale : sa collaboration pleine et entière parle pour lui. Mais on ne peut nier son talent (immense) d’acteur, interprétant avec beaucoup de brio des personnages souvent abjects et qui ne laissent personne indifférent.

Papiano est un de ceux-ci, hypocrite et retors à souhait : un de ces personnages que vous aimerez haïr (3) et qui entérine le précepte hitchcockien qui veut que pour qu’un film soit réussi, il faut que le méchant le soit lui aussi.

C’est bien le cas ici, et même doublement avec la Pescatore.

 

Mais on a tout de même droit à un moment un peu plus léger – bien que très pertinent – quand Mathias retourne chez lui (ce qui le fut en tout cas), jouant de ses deux situations – celle de mort et celle de vivant – ave beaucoup de sel. C’est un moment très savoureux qui permet en outre de régler son compte à la vieille bique !

Je terminerai en signalant que comme bon nombre de films de cette période on retrouve les figures familières de ces seconds rôles éternels du cinéma français de l’époque : Maximilienne (Scholastique, la tante de Mathias) est là encore une fois, mais c’est surtout l’inévitable René Génin (4) qui retient notre attention, surtout que son personnage de pochard est indispensable à l’intrigue.

Pourquoi ? Allez voir !

 

PS : si Pierre Chenal est le signataire du film, il ne faut pas oublier le travail phénoménal qu’effectua Christian Stengel (1902-1986) pour ce film. Non seulement il le produisit, mais aussi il participa à l’élaboration de son scénario et le coréalisa.

 

  1. Il fu Mathias Pascal, (Luigi Pirandello, 1904).
  2. Sa première intervention donne le ton.
  3. Je sais, cette description concerne Stroheim dans sa période muette, mais elle va très bien aussi à Le Vigan.
  4. Qui n’a jamais d’accent à son nom au générique…
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