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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #René Clément
La Bataille du rail (René Clément, 1946)

1944.

Les Alliés vont bientôt débarquer. La SNCF continue son travail de sape auprès de l’armée d’Occupation, enchaînant sabotages sur sabotages, avec malheureusement les victimes collatérales inévitables.

 

Alors que la deuxième Guerre Mondiale est à peine terminée, René Clément tourne ce film hommage à la SNCF, avec des moyens considérables : plusieurs trains sont déraillés, de très nombreux acteurs plus ou moins professionnels… Le tout chapeauté par le CNR (1) comme annoncé en préambule.

Cela ressemble à un documentaire, une voix off (Charles Boyer) qui va rapidement laisser la place aux images, un dessin valant mieux qu’un long discours.

 

C’est donc une magnifique plongée dans un appareil d’état avec en toile de fond la Libération et surtout la victoire, qui intervient d’ailleurs dans les tout premiers mois de tournage.

Et quasiment tous les cheminots sont de braves résistants, ce qui fut tout à fait vrai. Part contre, toujours dans l’euphorie de la victoire et du souci de faire repartir le pays rapidement, la Collaboration n’est quasiment pas évoquée dans tout le film : seule une référence à un type qui a de « longues oreilles » : comprenez qu’il est susceptible de dénoncer leurs agissements.

 

Mais au-delà de ce corps irréprochable, c’est un magnifique documentaire du fonctionnement d’un réseau de Résistance à l’échelle nationale : Résistance-Fer qui opéra de 1943 à 1945,

C’est une formidable organisation qui concerne tous les secteurs, du cheminot à l’ingénieur, au  nez et là la barbe des Allemands.

Tenir le rôle d’un Allemand ne devait pas être bien facile à cette époque.

Et si la majorité des entreprises de sabotage sont couronnées de succès, cela n’empêche pas quelques cuisants revers, montrés ici à travers deux réalités plutôt terribles :

  • les otages : six hommes de la SNCF, tous postes confondus, sont arrêtés et conduit à un mur où ils sont fusillés, un par un, pendant que les machinistes font siffler leur machine, couvrant mal les différentes déflagrations des armes. On ne peut oublier le visage du dernier cheminot qui sera abattu, le dos aux armes, apercevant une araignée, dernier signe de vie qu’il verra avant de tomber lui aussi.
  • Le maquis : a  lors que le convoi blindé est arrêté suite à une énième opération de sabotage, empêchent ces renforts de rejoindre le deuxième front qui s’est ouvert en Normandie, une armée de résistant, mal armés et mal entraînés et surtout mal organisés, va tenter de détruire les différentes pièces d’artillerie ainsi que les blindés du transport. Ils seront éliminés impitoyablement, avec en fin d’assaut les mouvements d’un char qui va achever les rares survivants.

 

Ces deux éléments sont très justes et surtout d’une grande authenticité : pas de héros ou de vedette, seulement des hommes comme ceux qui allèrent voir le film, et peut-être même certains ont pu se reconnaître parmi ces différents acteurs de l’ombre.

Mais surtout, les différentes étapes de l’intrigue mettent en scène des hommes (2) dans ce qu’ils ont de plus humains. Même les soldats allemands ne sont pas toujours montrés comme des bourreaux assoiffés de sang : bloqués par les incessants actes de sabotage sur les voies, les soldats se reposent sur le talus, les uns préparant la nourriture, d’autres se reposant au soleil, et on entend même un accordéon (3).

Même quand ils liquident le maquis qui les attaque, ce ne sont que des soldats qui font leur métier. On ne retrouve l’exaltation nazie qu’au moment où un officier explique (en allemand) le sort des otages si le sabotage ne s’arrête pas. C’en serait presque caricatural s’il n’y avait pas les six fusillés qui vont suivre.

Si les soldats allemands ne sont pas tous montrés comme des nazis exaltés, la musique d’Yves Baudrier rappellera tout de même les racines de l’Occupation : en effet, à différentes séquences concernant l’armée allemande, on peut reconnaître quelques bribes de mélodie de l’hymne nazi qui eut cours jusqu’à la capitulation : le Horst-Wessel-Lied. Ce rappel musical pour nous dire que même si tous les Allemands n’étaient pas des nazis, cela n’empêcha pas une très large proportion d’entre eux de chanter cet hymne aux grands événements (4).

 

Bien sûr, dans la foulée de sa sortie, ce fut une consécration au premier (5) festival de Cannes, et les premiers pas remarqués de ce cinéaste qui tournera d’autres films de la période, dont l’énorme Paris brule-t-il, autre sommet du genre.

Mais la grande force de ce film sur ceux qui le suivront – de Clément comme des autres – c’est le témoignage de cette Résistance ferrée alors que le conflit est à peine terminé quand le tournage se fait. C’est aussi un témoignage très précis de ce qui a pu se passer pendant ces années d’Occupation.

Malheureusement, ce genre de témoignage sur les conflits va rapidement disparaître du cinéma français, les différentes défaites n’étant pas spécialement glorieuses, tout comme l’attitude de certains militaires.

 

Quoi qu’il en soit, deux mois plus tard Clément revenait sur les écrans avec un autre film traitant de la Résistance (dû pour beaucoup au travail de Noël-Noël) : Le Père tranquille : (La Vie d'une famille française durant l'Occupation.

Mais comme d’habitude : ceci est une autre histoire.

 

  1. Conseil National de la Résistance.
  2. Et très peu de femmes : 3 seulement disent quelques mots.
  3. Cet accordéon aura d’ailleurs son importance plus tard, dans le spectaculaire déraillement.
  4. Avant chaque concert de musique classique, par exemple.
  5. Celui de septembre 1939 fut annulé, pour cause de guerre mondiale…
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