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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stéphane Brizé
La Loi du marché (Stéphane Brizé, 2015)

Thierry (Vincent Lindon) est au chômage, depuis trop longtemps.

Il cherche du travail, mais évidemment, il n’en trouve pas.

Enfin, il en trouve, mais il n’est plus dans la même branche et encore moins au même salaire.

C’est la loi du marché : il faut être disponible et surtout flexible.

Flexible avec son temps et surtout avec l’argent qu’on ne va plus gagner.

 

Stéphane Brizé nous propose ici un film qu’on pourrait aisément qualifier de docu-fiction, si ce qu’il racontait était une fiction.

Malheureusement, c’est une réalité très concrète qu’il nous dépeint : le quotidien d’un homme ordinaire, avec son épouse ordinaire elle aussi, dans un appartement ordinaire(1), mais avec un fils qui lui, en sort de l’ordinaire. Matthieu (Matthieu Scheller) est handicapé physique, alors le protocole scolaire est particulier, et couteux. Alors quand on n’a plus le choix, on accepte ce qui se propose.

 

Thierry est donc devenu vigile d’un supermarché. Toute la journée il surveille : les clients qui entrent et sortent ou ceux qui déambulent dans les rayons. Avec toujours en tête de dénicher celui qui « oublie » d’enregistrer un article. Et quand c’est le cas s’il peut payer, on en reste là, sinon, c’est la police qui vient prendre le relais. Pour trois fifrelins la plupart du temps, mais dans la tête de ceux qui ont volé, ce n’est pas rien. Jamais.

 

Le film se déroule, implacable, avec un Vincent Lindon très sobre. Son personnage est un témoin de son époque et Stéphane Brizé le suit toujours au plus près, caméra sur l’épaule. Cette façon de le filmer ancre cette histoire dans une réalité de plus en plus intemporelle : le travail de Thierry consiste aussi à surveiller les caissières qui profitent de certaines situations et empochent par ci par là un ticket de promotion qu’un client a refusé. Mais rien que ça, pour une ristourne de 50 centimes ou un peu plus, on se retrouve au chômage avec une appréciation qui n’aide pas pour retrouver un nouvel emploi.

 

Et si Vincent Lindon joue juste (2) et sobrement, c’est parce qu’il est entouré par des gens qui, s’ils jouent un rôle, jouent ce qui fut à un moment leur véritable rôle : des chômeurs, des employés de la grande distribution… Leur sincérité et leur générosité – parce qu’il faut être très généreux pour se livrer ainsi – donnent le ton au film et permettent à Lindon de trouver la bonne attitude à adopter au fil des événements : heureux quand il trouve du travail, moins heureux quand une caissière renvoyée est revenue se suicider sur son ancien lieu de travail.

Vincent Lindon ne joue plus, il est Thierry : un homme ordinaire, terriblement ordinaire.

Ordinairement terrible.

 

Alors Thierry observe, et à un moment, il dénonce. Les petits voleurs à l’étalage comme ses « collègues ». Pas de quoi pavoiser. Vraiment pas.

Et nous spectateurs suivons cette descente, parce qu’il y a descente : quand on prend prétexte de quelques tickets de réduction pour licencier quelqu’un, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette société.

Et il semble que ce ne soit que le début (3) : trois ans plus tard, la situation s’est encore plus détériorée et il n’est pas prévu d’amélioration pour « les petits, les obscurs, les sans grade »…

 

Bien sûr, moi qui vous parle, ne suis pas encore concerné par cette « loi du marché ». Mais pour combien de temps ?

 

  1. Pas encore fini de payer
  2. Deux récompenses pour lui
  3. En 2015, E. Macron n’est pas encore président.
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