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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Claude Autant-Lara
La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956)

«Salauds de pauvres ! »

Une des répliques les plus emblématiques du cinéma français.

Il faut dire que ceux à qui ça s'adresse l'ont bien mérité !

En dehors des dialogues (Aurenche et Bost), c'est le propos du film le plus intéressant.

Dix ans après la guerre, Claude Autant-Lara nous propose un film en demi-teinte. Les grandes fresques héroïques (Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?) ne sont pas encore en chantier. Même De Gaulle n'a pas encore réalisé son coup d'état. Mais la glorieuse entente de la victoire se fissure. Les héros d'hier laissent la place aux vrais Français. Ceux qui ont subi la guerre. Cette espèce de majorité silencieuse qui a survécu à ces années de chiens (comme disent les Allemands). Parce qu'il a fallu du courage et de l'abnégation pour survivre à cette période.

Mais ça n'empêche pas que Martin (Bourvil), Grandgil (Jean Gabin) et Jambier (Louis de Funès) ne sont rien d'autres que des trafiquants. ils se livrent à un marché noir éhonté alors que d'autres crèvent de faim.

Tout ça pour dire que, pour une fois, ce ne sont pas les héros glorieux auréolés de leurs faits d'armes, qui sont à l'honneur.

Parce que la France occupée, ce n'était pas que les nobles résistants qui luttaient (dans l'ombre) contre l'Occupant. C'était aussi des gens normaux qui tentaient de survivre, fut-ce à travers des activités illégales. Mais ce film, c'est avant tout la rencontre de trois monstres sacrés du cinéma (qui à l'époque, sauf pour Gabin, ne l'étaient pas). La scène chez Jambier est un grand moment : la gueulante de Gabin, les récriminations de Funès et les essais de temporisation de Bourvil donne un tableau assez réaliste de ce que pouvait être cette période. Oui, Grandgil n'en a rien à faire. Mais c'est un calculateur. Il observe tout, afin de pouvoir s'en resservir le moment voulu. Mais surtout Martin nous montre l'étendue de son pouvoir, c'est à dire pas grand chose. Il fait celui qui maîtrise Grandgil, mais il n'en est rien. Tout comme après, il fera comme si la situation avec sa femme (qui a décidé de le quitter) était une affaire réglée. Martin est un lâche qui se donne des airs. Evidemment, ça ne prend pas avec un type comme Grandgil. Dans la vie, il y a les seigneurs et les valets. Grandgil et Martin ne sont pas dans la même catégorie.

Mais qu'importe. On a plaisir à suivre les pérégrinations de ces deux personnages - ô combien différents - à travers les rues de Paris, de réverbères en réverbères - les seuls points allumés dans cette capitale occupée. Chaque lumière devient un havre de paix, ou tout du moins un moment de répit avant la prochaine halte  (comme disent les Allemands).

 

Alors oui , pas d'héroïsme. De la basse besogne. Mais comme on disait en ce temps-là : « si je ne le fais pas, quelqu'un le fera à ma place. »

Mais il n'y a pas de jugement quant à l'attitude des personnages. Les seuls qui pourraient leur reprocher quelque chose se font rabrouer (voire citation initiale). Même la femme qui les aide à se cacher est « intéressée » par leur cargaison.

 

Le tout avec une fin ambiguë où Gabin - qui combattit contre les Allemands - n'a pas un rôle si évident que ça. Il n'y aura pas de transfiguration. Les différences persisteront. Et il faut voir Martin dans la scène finale pour s'en convaincre.

 

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