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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Luis Buñuel
La Voie lactée (Luis Buñuel, 1969)

Tout commence et finit à Saint-Jacques de Compostelle nommée parce qu’un jour, une étoile a indiquée la plaine (d’où le nom). Enfin c’est ce que dit le film. Et surtout, à une carte médiévale nous montrant les chemins qui y mènent, Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière opposent des routes plus modernes, emplies de voitures toutes plus performantes les unes que les autres (enfin c’est ce que disent les publicités et autres agents commerciaux de l’époque).

Et sur ces routes modernes de Compostelle, on retrouve deux SDF (à l’époque, on disait « clochards »), qui s’en vont eux aussi à Compostelle, mais pas obligatoirement pour les mêmes raisons…

 

« Je suis athée, Dieu merci. » Cette boutade du grand Luis prend tout son sens (encore une fois) dans ce film qu’on peut qualifier de « à sketch » tant lui et son complice (voir ci-dessus) se régalent à nous emmener dans une visite théologique fournie où le maître mot est avant tout l’hérésie. Et l’intertitre final insiste sur cet aspect : ce que nous voyons est avant tout une exposition (1) des différentes hérésies qui ont émaillé la religion catholique en un peu moins de deux mille ans. Et si Buñuel se montrait dans son premier film (Un Chien andalou), il laisse cette fois-ci ce soin à son complice dans une séquence faussement de repentir (enfin surtout pour l’église catholique) qui voit un évêque (Carrière, donc) être réintégré dans la foi. Et qui quitte l’écran accompagné d’une charmante compagnie : deux jeunes (et jolies, ce »la va de soi) femmes…

 

Même si Carrière l’a martelé dans les diverses occasions qui se sont présentées à lui, on ne peut pas voir dans ce film qu’une exposition des différentes hérésies qui ont émaillé cette religion de « tolérance, respect, partage et toute cette sorte de choses (2)…

On retrouve encore une fois l’aspect iconoclaste cher au réalisateur, ainsi que sa propre réflexion sur cette religion qu’il a depuis longtemps désertée. Et ses porte-parole, Pierre (Paul Frankeur) et Jean (Laurent Terzieff) sont les deux faces d’une même pièce : d’un côté Pierre, baigné dans cette religion qui s’y réfère par réflexe, et de l’autre Jean (2) athée convaincu sinon militant qui défie Dieu quand l’occasion se présente (orage).

 

Mais ce film est aussi l’occasion de tout mélanger et de rendre actuel des textes qui ne le sont plus beaucoup (de par leur date d’écriture) : Pierre et Jean vont devenir les témoins de cette foi en dérive, rencontrant des personnages de différentes époques, dont un Jésus (Bernard Verley) aux yeux bleus, différents ecclésiastiques plus ou moins dans le dogme (cf. Armand Maistre), jusqu’à une prostituée qui va réaliser une prophétie initiale, annoncée par un personnage qui sort de nulle par (Alain Cuny). [Qu’est-ce qu’il jouait mal !]

Et ce personnage est, à mon avis le véritable lien (autre que religieux) du cinéma de Buñuel : il apparaît sans crier gare et surtout repart accompagné d’un nain que personne n’a jamais vu (4). Nous sommes dans ce qui fut a base du cinéma de Buñuel, quarante ans plus tôt : le Surréalisme. En effet, qu’on le veuille ou non, cette voie lactée ne » ressemble à rien d’autre qu’à un rêve plus ou moins éveillé que font nos deux singuliers pèlerins.

 

Le reste n’est que théologie et autre supputation philosophique. Et come Buñuel était athée… (5)

 

  1. Plus effective qu’une condamnation : chacun peut se faire son idée.
  2. Je vais encore me faire des amis, tiens…
  3. Ne croyez pas que les noms sont aléatoires : entre Pierre, chef historique de l’Eglise (Matthieu, 16:18) et Jean, évangéliste patenté qui a vécu avec Jésus, on est bien servi…
  4. Et dont on ne verra le visage.
  5. Dieu merci !
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