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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Grande Dame d'un jour (Lady for a Day - Frank Capra, 1933)

Annie (May Robson) vit à New York. Elle a une fille (Jean Parker) qui vit en Espagne et qui va bientôt venir la visiter : elle doit se marier avec le vicomte Carlos (Barry Norton). Depuis le temps que Louise (la fille d’Annie) lui raconte les épisodes de sa vie fastueuse, le comte Romero (Walter Connolly), père de Carlos, veut rencontrer cette grande dame.

Seulement voilà : Annie vit de la vente de ses pommes qu’elle propose à la sauvette sur les grandes artères de la Grosse Pomme… Et si elle envoie des lettres à l’en-tête d’un hôtel luxueux, c’est parce qu’elle a un ai qui y travaille.

Heureusement, elle peut compter sur Dave « The Dude » (Warren William), truand notoire au grand cœur, auquel les pommes d’Annie ont toujours porté chance.

Sur lui et aussi sur Frank Capra…

 

« Vous croyez aux contes de fées j’espère ? »

Cette réplique que le Dude adresse au commissaire (Wallis Clark) résume très bien le ton du film : il s’agit d’un conte de fées moderne, où les fées se sont transformées en voyous au grand cœur. Tout est bon pour permettre à Apple Annie de ne pas perdre la face. Et il n’est pas totalement étonnant de voir un bandit à l’œuvre : la tendance en 1933 est au changement d’attitude par rapport aux gangsters, plus question de les admirer pour leurs prouesses criminelles, et le code Hays va enfoncer le clou. Mais en attendant, on trouve toujours quelques truands gentils dans le cinéma hollywoodien : à aucun moment d’ailleurs, on ne verra une quelconque exaction du Dude (1), sa réputation parle pour lui.

 

Et Capra, aidé par le scénario de Robert Riskin (c’est le second film d’une collaboration qui se révèlera très fructueuse), qui n’en est pas à son coup d’essai déroule : c’est un microcosme de petites gens qui peuple son film et lui donne une truculence attachante. On retrouve la solidarité indispensable qui baigne les films de Capra : ce sont les gens comme Annie qui vont démarcher le Dude pour qu’il intervienne. Ces gens sont bien loin de ceux de la Haute qu’on pourra apercevoir dans la dernière partie du film : des mendiants plus ou moins handicapés (aveugles, cul-de-jatte…), mais aussi les voisins de la vieille femme qui apprécient pleinement chaque fois qu’elle passe un disque sur son gramophone… Les laissés pour compte de la vie. Ce n’est pas encore la faune bigarrée de You can’t take it with you, mais on n’en est pas loin.

 

Et Capra s’amuse avec ses truands : outre Happy McGuire (Ned Sparks) qui ne sourit à aucun moment (2), c’est une brochettes de personnages frustes, incapables de retenir deux lignes de texte pour donner une bonne impression à une réception arrangée pour mettre en valeur la « grande dame d’un jour ». Sans oublier le « juge » Henry G. Blake (Guy Kibbee) dont le prétoire n’est rien d’autre qu’une salle de billard. Et au milieu de tout ce petit monde, on trouve un Dude qui doit batailler ferme pour arriver à quelque chose. Surtout avec la police qui va faire s’écrouler son projet : arrêté, il ne peut aller avec sa clique à la réception.

 

Mais c’est toujours quand on atteint le point culminant de la tragédie qu’on reconnaît un grand réalisateur de comédies. Et on en arrive à la réplique énoncée ci-dessus : nous sommes dans un conte de fées. Et la magie opère, relevant alors du miracle : la réception d’Annie est sauvée au moment où tout semblait désespéré. Au cinéma, n’oublions jamais que tout est possible.

 

Et puisqu’on parle de miracle, en 1961 Capra sortira une nouvelle version de cette Grande Dame d’un jour (on n’est jamais si bien servi que par soi même…), dont le titre original s’intitule tout naturellement Une Poche pleine de miracles (3)…

Mais ceci est, encore une fois, une autre histoire qui n’est pas une autre histoire…

 

  1. Certes, les journalistes sont mis au secret sur son ordre, mais c’est pour une bonne cause…
  2. « Happy » signifie heureux…
  3. Pocketful of miracles
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