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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Monta Bell, #Norma Shearer
La Dame de la nuit (Lady of the Night - Monta Bell, 1925)

Norma Shearer n’a pas seulement été la femme d’Irving Thalberg : elle a avant tout une très grande actrice dont le talent sera révélé tard mais nous permet de voir de très beaux films dont celui-ci, nouvel avatar du double au cinéma.

 

Un homme (Lew Harvey) quitte sa femme et sa fille qui vient de naître pour aller en prison. Dans le même temps, le juge qui a condamné cet homme a eu lui aussi une fille.

Dix-huit ans après, les deux jeunes filles terminent l’école : l’école de jeunes filles « select » pour Florence (Norma Shearer), la fille du juge ; l’école de redressement pour Molly (Norma Shearer), l’autre.

Toutes deux vont alors évoluer dans leur milieu respectif et ne devraient pas se rencontrer s’il n’y avait David Page (Malcolm McGregor), inventeur de génie, dont elles vont toutes les deux tomber amoureuses.

 

C’est une très belle performance que nous livre ici Norma Shearer dans ce rôle double qui, pour une fois n’a rien de véritablement comique (1). En effet, aucune intrigue de dédoublement de personnalité : Molly et Florence n’ont rien en commun si ce n’est la relation « professionnelle » de leurs pères. Et à aucun moment on ne joue sur une quelconque ressemblance entre les deux femmes.

Et c’est là qu’est le tour de force du réalisateur et de son équipe : à aucun moment il n’est question d’une similitude entre les deux femmes et David, qui les aime toutes les deux mais pas de la même manière ne relève aucun point commun entre elles.

Pour le spectateur, averti qu’il s’agit de la même actrice dans les deux rôles, il est plus facile de pointer des ressemblances – les yeux surtout – mais il faut reconnaître que le maquillage de miss Shearer est tout bonnement bluffant.

Il faut dire aussi qu’on n’a pas beaucoup l’habitude de la voir interpréter un personnage aussi mal né : habituellement, elle interprète des jeunes femmes de bonne famille, alors cette fille du peuple aux mœurs qu’on pouvait qualifier de libres (2) détone complètement dans sa filmographie.

Et pourtant c’est un rôle magnifique qui lui et offert. Bien sûr, le maquillage de cette femme – celui qu’elle s’applique pour les besoins de l’intrigue – est outrancier et accentue la différence avec l’autre femme, mais elle n’en demeure pas moins un personnage attachant qui sera le véritable adjuvant du scénario, amenant la résolution finale : peut-être pas complètement heureuse, mais très honorable (3).

 

En plus du jeu superbe de Norma Shearer, il faut souligner le rôle des deux techniciens principaux du film : les prises de vue d’André Barlatier et le montage Ralph Dawson.

Barlatier filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire signée Adela Rogers St. Johns (4), utilisant avec bonheur l’éclairage - plusieurs séquences se passent la nuit – d’autant plus que ‘il s’agit ici d’une copie teintée où les bleu nuit dominent. On a même droit à un jeu d’ombre avec celle de Chunky. Bien entendu, la rencontre des deux jeunes femmes est le clou du spectacle et le travail d’incrustation est à la hauteur de nos espérances : c’est au tout dernier moment que nous avons droit à l’entrevue qui n’est d’ailleurs pas la première fois que les deux femmes se rencontrent : la première fois, c’est à l’atelier de David – peu de temps avant qu’elles se retrouvent dans la voiture de Florence – et Monta Bell résout le problème du dédoublement en faisant tourner la tête à Florence, la remplaçant alors par une doublure. Mais pas n’importe quelle doublure tout de même puisqu’il s’agit de personne d’autre que Lucille LeSueur alias Joan Crawford !

Quant à Dawson, il réalise un montage très précis et lui aussi très réussi : à plusieurs occasion, le plan d’une des deux jeunes femmes s’enchaîne à celui de l’autre dans une même situation : regard par la fenêtre, devant un miroir…

 

Un mot enfin sur le travail de Monta Bell : il y a un souci de réalisme qui baigne le film du début à la fin. Bell ne veut rien dissimuler et ouvre le film sur une image forte : un policier sur un palier d’étage qui attend. Il attend que le jeune père le suive vers la prison. Dans l’escalier, une commère un tantinet mafflue qui ramène de la bière dans un seau et se repait de ce spectacle malheureux.

Et ce réalisme va s’épanouir dans la partie de l’intrigue qui concerne Molly, le milieu protégé de Florence étant beaucoup moins spectaculaire. On retrouve les bas-fonds avec la salle de danse où il est interdit de danser joue contre joue, et l’inévitable bagarre qui émaille ce même milieu : il s’agit ici de défendre Molly d’un importun qui s’est (facilement) débarrassé de Chunky (normal, il est petit). Et le chevalier servant n’est autre que David…

 

  1. A part le personnage de Chunky Dunn (George K. Arthur), nous restons dans un ton relativement sérieux.
  2. Par les esprits les plus modernes de 1925
  3. Dans le sens noble du terme.
  4. D’abord journaliste, Adela a longtemps interviouvé les stars pour Photoplay. On peut la voir et l’entendre dans l’indispensable série-documentaire Hollywood: The Pioneers de Kevin Brownlow (1980).
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