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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #William A. Wellman
C'est la Guerre (Lafayette Escadrille - William Wellman, 1958)

L’Escadrille Lafayette fut une formation aérienne dans l’armée française qui accueillit de nombreux pilotes américains pendant la Première Guerre Mondiale.

Parmi eux, un certain William Augustus Wellman : il s’agit bien du réalisateur, qui est ici interprété par son fils William Jr.

Cette escadrille sert de décor à une histoire d’amour (un peu) malheureux : celle de Thad Walker (Tab Hunter), un mauvais garçon et déserteur, et de Renée Beaulieu (Etchika Choureau qui vient de fêter ses 90 ans le 12 novembre dernier), escort girl chez Madame (Veola Vonn).

 

Tout comme dans Wings trente ans plus tôt (à peu près), Wellman nous fait part de sa propre expérience dans l’escadrille Lafayette qui le marqua durablement. Mais alors que le premier film exaltait les passions de ces pilotes, devenus en peu de temps des as et des vétérans, ici, l’intrigue est beaucoup plus terre à terre (1), et nous n’assisterons qu’à une bataille aérienne, un peu avant la fin du film. Mais si on y retrouve le même savoir faire, l’intensité est moindre. Wellman a mûri et ses souvenirs sont moins frais.

 

Alors quand on découvre le titre français, on peut presque parler de publicité mensongère.

En effet, alors que l’intrigue se situe aux alentours de 1916-17, la guerre est une chose distante, bien loin des préoccupations des jeunes recrues qui tentent d’obtenir leur brevet de pilotage.

La guerre, ils auront affaire à elle bien assez (trop ?) tôt.

D’ailleurs, quand Wellman – il est aussi le narrateur – présente les membres cette escadrille, il complète à chaque fois que nécessaire que tel ou tel jeune homme est mort au combat. Cette précision va aussi éviter la multiplication des exploits guerriers : ce qui l’intéresse ici, c’est le souvenir de ces jeunes garçons vivants.

 

Bien sûr, on n’échappe pas aux exercices obligatoires dispensés par une vieille ganache. Ici, c’est Dalio qui interprète un sergent un tantinet bouché (pléonasme ?) qui a du mal avec ses soldats, la barrière de la langue étant alors un prétexte pour ne pas comprendre et donc désobéir. La marche aux accords d’un ukulélé est savoureuse.

 

Bien sûr, l’histoire d’amour entre Thad et Renée est le moteur du film, compliquée par la désertion de Thad, qui avait frappé le sergent Dalio pendant un exercice. Ce geste le fera enfermer en attendant une cour martiale, amenant en outre une belle bagarre dans le dortoir avec intervention des soldats français pendant que d’autres iront le libérer.

Cette expérience – malheureuse, donc – sera tout de même le déclencheur qui le verra regagner son salut (2) : il a quitté l’Amérique aussi pour fuir la justice, ayant renversé un jeune garçon alors qu’il conduisait une voiture qu’il venait de voler.

Il va mûrir, prématurément comme tous ceux qui ont combattu dans une guerre, et regagnera donc cette dignité qu’il n’avait qu’à peine acquise avant de quitter les Etats-Unis.

 

En occultant en partie la guerre, Wellman insiste plus sur le côté humain de ces jeunes hommes qui seront élevés au rang de héros plus tard, avec une retenue voire de la délicatesse, en totale opposition avec la guerre et ses horreurs.

Beaucoup d’éléments sont suggérés plus que montrés ; un détail, un bruit, suffisent à donner du sens au spectateur : le vélo à terre, près de la voiture ; la pancarte « partis mais pas oubliés » à l’endroit où se tenaient les lits de ceux qui sont morts.

 

Au final, un film de guerre où cette dernière reste presque tout le temps lointaine, voire inexistante : une page illustrée des mémoires de Wellman qui se rappelle ces jeunes hommes qui ont frôlé ou trouvé la mort avec lui. Et si les noms ont été changés (3), il suffit d’aller à Marnes-la-Coquette (92), où se situe le mémorial de cette escadrille, pour voir les noms de ceux qui sont morts pour elle, et donc pour la France.

 

Je ne pourrai pas terminer sans parler d’un jeune acteur encore méconnu et qui interprète George « Yale » Moseley : Clint Eastwood. C’est l’année suivante (1959) qu’il sera (enfin) connu du grand public avec la série Rawhide.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?
  2. Eh oui, encore la rédemption…
  3. « Toute ressemblance… », apparaît au générique dès le début.
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