Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Sturges
Le dernier Train de Gun Hill (Last Train from Gun Hill - John Sturges, 1959)

Ce dernier train, c’est celui qui doit ramener Matt Morgan (Kirk Douglas), marshal à Pawley. Mais Matt ne doit pas rentrer seul, il doit ramener Rick Belden (Earl Holliman) et Lee Smithers (Brian G. Hutton), qui ont violé et tué sa femme Katherine (Ziva Rodann).

Jusque là, rien que de très normal. Ce qui l’est moins, c’est que le jeune Rick est le fils de Craig Belden (Anthony Quinn), un vieil ami de Morgan, avec qui ils ont un (lourd) passé en commun : Craig a sauvé la vie de Matt autrefois.

Alors Craig demande à Matt de laisser son fils, en souvenir du passé. Mais Matt n’est pas d’accord. Evidemment.

 

Nous sommes dans une superbe tragédie classique, respectant avec maîtrise les trois unités – temps (moins d’une journée), lieu (Gun Hill), et action (amener Rick au train coûte que coûte, qui à en mourir) – servie par du beau monde : entre Sturges à la réalisation, Douglas et Quinn en frères ennemis et Carolyn «  Morticia Adams » Jones (la belle Linda) en arbitre de ce duel inévitable.

Et ça marche. Il faut croire d’ailleurs que c’est l’année qui veut cela puisque dans le même temps, Howard Hawks signait son phénoménal Rio Bravo, reprenant lui aussi ces trois unités, avec un résultat au moins similaire. Là encore, le membre d'une famille essayait de sauver un autre de la justice, malgré ses turpitudes.

 

Mais à la différence de chez Hawks, il y a un lien qui unit Morgan à Belden, et ce lien est très fort : Morgan doit la vie à son ancien complice. Son attitude par rapport à lui devient alors un problème cornélien, ce qui nous ramène à la tragédie classique. Et ce lien est une des clés de la réussite du film. A nouveau, le fils n’est qu’un prétexte, et si Belden ameute ses hommes pour le récupérer, on sent chez lui une sorte de lassitude : c’est parce » qu’il est son fils qu’il veut le sauver, mais il n’accepte pas pour autant ses exactions.

 

Et si Mrs. Morgan est morte de la faute de Rick et Lee, c’est peut-être la faute à pas de chance, mais c’est avant tout une attitude raciste qui justifie alors de s’en prendre à des êtres jugés inférieur : les Indiens. Et preuve que les choses sont en train de bouger (lentement), cet argument est d’emblée balayé par Belden (père) qui chasse Lee. Il ne peut en faire autant avec son fils, mais on sent bien que ce n’est pas l’envie qui lui manque (1).

Et devant ce face à face inévitablement tragique, on trouve un grand nombre de spectateurs : essentiellement les habitants de Gun Hill qui attendent l’issue fatale (pour Matt) avec un brin d’anxiété, mais surtout une grande dose de lâcheté.

 

Et la seule personne qui va s’élever contre la domination de Belden, c’est une femme. Et pas n’importe laquelle : Linda, celle qui a été un temps la compagne de Craig, avant de le quitter, lasse de sa violence et de sa préférence pour ce fils indigne qui est devenu l’enjeu de cette intrigue.

Ce n’est pas la première venue et on sent qu’elle est de la même veine que les deux hommes qui doivent s’affronter malgré eux. Et qu’on le veuille ou non, c’est sa connaissance des hommes et de ceux qui sont concernés par cette affaire qui va amener le dénouement tragique. Elle choisit le camp de Morgan (comme nous spectateurs) et va favoriser de deux manières sa réussite (2) là aussi inévitable : la Loi l’emporte toujours.

 

Autre signe des temps, le monologue de Matt envers Rick sur sa façon lente de le tuer : alors que le père de la jeune Indienne avait l’intention de le tuer lentement (lui aussi) à l’Indienne, Morgan va lui expliquer ce qui l’attend à l’autre bout de la ligne de chemin de fer. Un jugement et surtout une sentence définitive. Mais c’est l’exécution de cette sentence qui est le plus important dans ce monologue. Et quand on sait que c’est Dalton Trumbo (dans la clandestinité, bien sûr) qui signe les dialogues, alors on ne s’étonne pas de la teinte abolitionniste de ce que dit Matt. Nous sommes bien loin de la vengeance habituelle qu'on trouve dans d’autres westerns précédents. L’accent est mis avant tout sur l’aspect désagréable (et réaliste) de cette mise à mort légale qui était encore pratiquée aux Etats-unis en 1959 (3).

 

Quoi qu’il en soit, Sturges signe ici un magnifique western, possédant les ingrédients habituels avec duel final (obligatoire) qui est, d’une certaine façon la dernière forme de l’amitié qui lie les deux hommes, que cette malheureuse affaire a fait à nouveau se rencontrer.

Une dernière question me brûle les lèvres : si Katherine n’avait pas été la femme de Morgan, serait-il allé chercher ses meurtriers avec tous les risques encourus ?

Je n’ose imaginer une réponse négative.

 

  1. Ayez des enfants…
  2. Non, je ne vous les indiquerai pas.
  3. La dernière pendaison remonte à 1996.

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog