Quatre ans après le phénoménal He who gets slapped, Lon Chaney remet son habit de clown pour une histoire différente certes, mais tout aussi tragique.
Il est Tito Beppi, le clown Flik qui tourne avec son compère Flok, Simon (Bernard Siegel).
Leur spectacle ? Ridi, pagliacci, ou en français Ris, Paillasse !
Et comme dans l’œuvre de Faurto Martini, nous avons un clown qui ne rit pas (normal, ce sont les autres qui doivent rire).
Il ne rit pas parce qu’il est amoureux de la belle et jeune Simonetta (Loretta Young, qui porte excellemment son nom ici) qu’il avait recueillie alors qu’elle était abandonnée. Mais Simonetta aime le comte Luigi Ravelli (Nils Asther) : il est jeune, beau et riche.
Décidément, Lon Chaney était cantonné aux amours impossibles. Il faut dire que la jeune Simonetta n’est vraiment pas de son âge : en plus Loretta Young avait 33 ans de moins que lui ! Mais bien entendu, dès le début, nous envisageons une fin tragique et le plus intéressant va résider dans la façon dont elle va s’annoncer. Et encore une fois, nous ne sommes pas déçu. Chaney est encore une fois incroyable et son maquillage toujours aussi impeccable. Bref, Brenon dirige le maître avec beaucoup de pertinence et nous assistons une nouvelle fois à un tour de force de cet immense acteur.
Encore une fois, je rappelle que Chaney seul ne peut assurer le succès et surtout la qualité du film : il faut que ses partenaires soient à la hauteur des enjeux. Et C’est là qu’intervient Loretta Young. C’est son véritable premier rôle et elle s’en sort avec beaucoup de brio, et ce malgré son jeune âge : elle a 14 ans quand commence le tournage et tout juste quinze quand il s’achève. Et elle tient le premier rôle féminin avec grâce et subtilité, donnant à cette histoire d’amour malheureux (entre le clown et Simonetta) ce qu’il fallait pour la rendre crédible aux spectateurs.
Bien entendu, Bernard Griesel, en comparse Chaney est lui aussi un rouage essentiel de cette intrigue, très certainement le personnage le plus conscient de tous : il est l’oiseau de mauvais augure (mais réaliste) qui annonce les malheurs à venir. Et même dans la séquence finale, il ne cède que par lassitude à son complice, pressentant déjà l’issue fatale.
En effet, et ce n’est pas vraiment une découverte pour les spectateurs, Flik ne se relèvera pas de sa dernière glissade, surtout qu’elle s’intitule le « Défi de la Mort ».
Et cette fin (presque) annoncée nous ramène à Sjöström et son He who gets slapped. A l’instar de Paul Beaumont, Flik va s’effacer devant l’amour et la jeunesse, donnant au passage sa vie pour que cette dernière triomphe.
Le défi de la mort final n’est rien d’autre qu’un suicide déguisé : que va-t-il rester à Tito une fois que Simonetta aura épousé le comte ? Même Simon ne peut pas rivaliser et va s’effacer, annonçant le final du numéro qui sera aussi celui de sa vie.
Chaney, avec ce film, s’approche hélas de sa fin (il mourra cinq films et deux ans plus tard), pendant que le cinéma muet est en train de mourir. Et Brenon joue sur cela en faisant dire (silencieusement pour nous, bien entendu) des dialogues à ses acteurs qui coïncident parfaitement avec les intertitres : il n’y a pas à dire, il va falloir que cela sorte !
Quoi qu’il en soit, on savoure avec gourmandise cette nouvelle performance de l’Homme aux mille visages, trop vieux décidément pour espérer jouer les jeunes premiers.
Qu’importe, il est encore là, et cela suffit au bonheur du spectateur (au mien en tout cas !).
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